Contribution/Cedeao : Profond embarras

28/01/2022 10:14 | Lu 300 fois | Contribution

Les Ivoiriens ne manquent pas d'humour. "Le chef d'État qui prendra part à la réunion d'urgence de la Cedeao à Accra sur le Burkina Faso sera contraint à l'exil parce qu'un coup d'État aura lieu en son absence", a twitté un internaute.
Cependant, ce tweet traduit le profond embarras et la paranoïa dans lequels se trouve la Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest (Cedeao) des chefs d'État.
Sur les situations au Mali et en Guinée où les présidents Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) et Alpha Condé ont été respectivement renversés les 18 août 2020 et 5 septembre 2021 par une junte militaire, l'organisation ouest-africaine a fait preuve de célérité, tout vent debout.
Dans les deux cas, la Cedeao a, immédiatement et sous quarante-huit heures, condamné sans réserve le putsch et suspendu, dans la foulée, ces pays de ses instances de décision. Le 9 janvier 2022, elle imposait de lourdes sanctions économiques au Mali.
Mais voilà. Le président Marc Christian Kaboré du Burkina Faso, seulement deux semaines après le sommet extraordinaire d'Accra sur le Mali, a été balayé par une mutinerie qui s'est muée en coup d'État militaire le lundi 24 janvier 2022.

Dans ses petits souliers, la Cedeao est en train de chercher ses marques, ne sachant plus sur quel pied danser dans cette épidémie ouest-africaine de putsch.
Du bout des lèvres, elle a néanmoins sacrifié à l'antienne, en condamnant le renversement de Kaboré. Et c'est tout. Elle a annoncé un sommet extraordinaire des chefs d'État, "ce jour".

C'est le digne d'un malaise, qui secoue la Cedeao. Car le ver est dans le fruit. Non seulement ses sanctions spectaculaires montrent leur inefficacité, mais les pays membres parlent désormais difficilement d'une même voix.
La raison est simple. L'organisation s'est montrée incapable de résoudre la crise socio-politique au Mali, à laquelle elle a pourtant été associée et qui a coûté son poste à IBK. Sans compter que, souffrant d'autisme, elle n'anticipe jamais et ne prend jamais les devants.
Pis, si elle est prompte à fustiger la prise du pouvoir par les armes, elle ne rappelle jamais à l'ordre les chefs d'État qui sont des hors-la-loi. C'est le médecin après la mort, qui préfère constater les dégâts et couler des larmes de crocodile.
Conséquence, elle est en train de devenir ce machin, ce "gagamou" ou croque-mitaine qui, finalement, n'effraie plus personne pour s'être auto-disqualifiée pour être vomie par la Cedeao des peuples.
Faute de refondation ou de réinvention, la Cedeao se condamne à sa propre mort, donnant raison à ce leader politique qui soutient que "la seule bonne chose dans la création de la Cedeao, c'est sa création".

F. M. Bally