Guinée Bissau : Mise en garde

02/02/2022 07:58 | Lu 305 fois | Contribution

Umaru Sissoco Embalò revient de très loin. Déclaré élu le mercredi 1er janvier 2020, à l'issue du second tour de la présidentielle, le président bissau-guinéen a cohabité avec la déstabilisation.
Des tirs nourris ont, en effet, accueilli le conseil des ministres extraordinaire qu'il présidait ce mardi 1er février 2022, au palais présidentiel à Bissau. Les commissions de la Cedeao et de l'UA et le secrétariat général de l'Onu ont dénoncé un coup d'État militaire qui a avorté.
"Le calme est revenu à Bissau", a déclaré le chef de l'État pour rassurer l'opinion nationale et internationale que la situation était désormais sous contrôle.
Dans le rétablissement de l'ordre, cet ancien général de l'armée bissau-guinéenne doit une fière chandelle à la Gambie et au Sénégal voisin. Ce sont des commandos héliportés qui auraient prêté main forte aux forces loyalistes pour tuer dans l'oeuf cette tentative de putsch.
Cet heureux dénouement constitue, en revanche, une sérieuse mise en garde à Embalò. Au lendemain de la crise socio-politique malienne ayant conduit, le 18 août 2020, au renversement d'Ibrahim Boubacar Kéita, il n'a pas eu la langue dans les poches quand la Cedeao a brandi les menaces et les sanctions contre les autorités de la transition.
Très en verve, il a tenu des propos musclés et des critiques acerbes contre l'organisation ouest-africaine, tenue pour responsable de ces coups d'État. "La Cedeao est une organisation faible et hypocrite sans réel pouvoir et à la limite, elle est un gadget destiné à faire illusion", s'était-il insurgé.
Ayant eu des relations très houleuses avec son voisin guinéen Alpha Condé, il avait dénoncé les troisièmes mandats, ces "modifications constitutionnelles belliqueuses", opérées en Guinée-Conakry et en Côte d'Ivoire, sous les yeux d'une Cedeao "incapable d'empêcher" ces falsifications "pour s'éterniser au pouvoir".
Ce fougueux empêcheur de tourner en rond vient d'échapper à un putsch, grâce à des pays de la Cedeao, très présente à Bissau. Et le devoir de gratitude vis-à-vis de ses bienfaiteurs le conduira sans aucun doute à prendre désormais position en mettant beaucoup d'eau dans son vin. Car en politique, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire sur la place publique.

F. M. Bally