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Samedi, 28 février

Nicolas Pépé et les Éléphants : Le football ivoirien à l’épreuve des vérités

Publié le 27 février 2026 à 12:00
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Nicolas Pépé, le diamant noir brise le silence
Nicolas Pépé, le diamant noir brise le silence

L’interview de Nicolas Pépé a fait l’effet d’une bombe dans le paysage footballistique ivoirien. L’attaquant, écarté de la liste pour la CAN 2025, a brisé le silence avec des révélations qui jettent une lumière crue sur les coulisses des Éléphants. « Quand j’ai vu que je n’étais pas sur la liste, Emerse Faé m’a appelé mais je n’ai pas répondu. Je ne savais quoi lui dire », confie-t-il, dévoilant une désillusion qui va bien au-delà d’une simple non-sélection.
Selon ses dires, le sélectionneur l’aurait inclus « deux minutes avant l’annonce » avant qu’un revirement inexpliqué ne le « dépasse ». Ces mots, s’ils se vérifient, soulèvent une question fondamentale : qui prend réellement les décisions au sein de la sélection ivoirienne ?

Une fédération sous le feu des critiques

La colère de Pépé ne se limite pas à son éviction. Il fustige l’attitude de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF) face aux insultes racistes dont il a été victime après ses déclarations sur le Maroc. « La Liga et Villarreal m’ont défendu, mais pas mon pays », lance-t-il, amer. La FIF a finalement réagi, mais trop tard à ses yeux, aggravant même son sentiment d’abandon.
Cette affaire révèle aussi les limites du pouvoir d’Emerse Faé. Nommé sélectionneur dans des circonstances déjà controversées, il semble prisonnier d’un système où les choix sportifs seraient influencés par des forces extérieures. Si le technicien ne peut pas imposer ses décisions, qui dirige vraiment les Éléphants ?
Pour les binationaux, le message est clair : en Côte d’Ivoire, le talent ne suffit pas toujours. Pépé, lui, semble avoir tourné la page. « Je respecte leur choix, mais le mal était déjà fait », résume-t-il, lucide.

Le football, miroir d’une société en crise

Derrière cette affaire se cache une problématique bien plus large. La gestion des Éléphants apparaît comme le reflet d’une certaine culture du secret et de l’impunité qui gangrène le football ivoirien.
Comment justifier l’éviction d’un joueur en pleine forme pour des raisons qui semblent échapper à toute logique sportive ? Pourquoi exiger des excuses d’un athlète tout en négligeant de le protéger face à des attaques racistes ?
Emerse Faé, coincé entre ses responsabilités et les pressions supposées de sa hiérarchie, incarne le dilemme des techniciens locaux. En Afrique, la démission reste un tabou, même face à des situations intenables.
L’urgence d’une remise en question

« La Côte d’Ivoire reste un pays où le grognon n’a pas sa place », écrivait récemment un observateur. En osant parler, Nicolas Pépé a peut-être sacrifié son avenir en sélection, mais il a offert au pays une chance de regarder ses dysfonctionnements en face.
Le football, service public, ne peut pas être géré avec des « rancunes » et des « émotions ». Alors que la CAN 2026 approche, les Ivoiriens méritent mieux qu’une équipe dirigée par des « patrons invisibles ».
Comme le conclut Pépé lui-même : « Que Dieu nous garde et nous aide. »
L’enfant de Guessi a peut-être perdu sa place chez les Éléphants, mais il a gagné une bataille bien plus importante : celle de la vérité. Reste à savoir si la FIF saura en tirer les leçons. Du côté des autorités, le silence reste assourdissant. Comparaison troublante : au Maroc ou au Sénégal, les sélections sont pilotées par des techniciens autonomes, sans interférence. Un modèle à méditer pour la Côte d’Ivoire.
« Sans contre-pouvoir, rien ne s’améliore ». L’avertissement de Pépé résonne comme un appel urgent à la réforme.

Hosanna JP de Chantal