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Vendredi, 24 avril

Garde à vue d’Assalé Tiémoko : l’épreuve de force d’un pouvoir aux accents autoritaires

Publié le 23 avril 2026 à 18:42
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Assalé Tiémoko, président du mouvement politique ADCI,
Assalé Tiémoko, président du mouvement politique ADCI,

L’arrestation mouvementée d’Assalé Tiémoko, président du mouvement politique ADCI, dessine en creux les contours d’un pouvoir ivoirien qui semble emprunter aux manuels des régimes autoritaires. L’affaire, qui a débuté par une interminable audition de 14 heures aux locaux de la préfecture de police d’Abidjan le 22 avril, avant de basculer en garde à vue malgré une hospitalisation d’urgence, concentre tous les ingrédients d’une dérive répressive.
Le scénario aurait pu être écrit par les théoriciens de l’autoritarisme. D’abord, cette audition marathon, menée en présence d’un commissaire et d’un procureur, où l’opposant subit deux malaises cardiovasculaires – à 14h puis 18h – sans interruption de la procédure. Ensuite, ce rebondissement judiciaire sur fond d’urgence médicale : après avoir été conduit à l’Institut de cardiologie sur recommandation d’un professeur spécialiste, Tiémoko se voit notifier sa garde à vue depuis son lit d’hôpital, au mépris des assurances initiales données à ses avocats.
Ce déroulé rappelle les mécanismes décrits par les sociologues du politique : la coercition comme mode de gouvernance, l’arbitraire des procédures, et cette forme de violence institutionnelle qui caractérise les régimes autoritaires. Le pouvoir semble jouer sur tous les tableaux : la durée anormale de l’audition évoque les techniques d’épuisement physique et psychologique ; la décision de garde à vue en pleine crise médicale montre une justice qui s’affranchit des principes humanitaires élémentaires.
Dans leur communiqué, les responsables de l’ADCI appellent à « le calme, la sérénité et la discipline », tout en réaffirmant leur attachement à la démocratie. Mais derrière ces mots mesurés se profile une question plus large : jusqu’où peut aller un pouvoir qui semble considérer l’opposition comme une menace à neutraliser plutôt qu’une voix légitime ?
L’affaire Tiémoko devient ainsi un test pour les institutions ivoiriennes. La suite de la procédure – notamment le déferrement annoncé au parquet ce 24 avril – dira si la Côte d’Ivoire bascule dans un autoritarisme assumé ou préserve encore les formes de l’État de droit. Dans un pays où la mémoire des crises politiques reste vive, chaque signe compte. Et la manière dont est traité un opposant hospitalisé en dit long sur la santé démocratique d’une nation.
Entre les lignes du communiqué de l’ADCI perce une autre réalité : la mobilisation citoyenne autour de cette affaire. Les « nombreux Ivoiriens attentifs » mentionnés par le parti constituent peut-être le dernier rempart contre un pouvoir tenté par la force brute. Car comme l’ont montré les travaux d’Hannah Arendt, c’est souvent dans ces moments critiques que se révèle la nature réelle d’un régime.

Hosanna JP de Chantal