Pinda-Boroko, le 30 mai 2026 – En cette matinée du samedi 30 mai 2026, alors que les premiers rayons du soleil annonçaient l’aube et que résonnaient encore les derniers chants du coq tutélaire, les populations de la sous-préfecture de Pinda-Boroko, vêtues de leurs habits d’apparat, se sont rassemblées sous la conduite de Nanan Bini Kouakou, chef du village, pour accueillir des hôtes de marque venus de Côte d’Ivoire et de France.
Parmi eux figuraient Kamara Fatimata, secrétaire générale de la préfecture de Guéyo, Ganon née Gnahoré Ange Lydie, sous-préfète de Pinda-Boroko, Zeby Deza et Konan Michel, cofondateurs de l’ONG Le Grenier de l’École, Jean-Charles Nitombi, président du Rotary Club de Chelles (France), ainsi qu’Amon Kofi, vice-président de la mutuelle Kan-Bom de Pinda-Boroko. L’objet de cette mobilisation était la cérémonie de pose de la première pierre de la future cantine scolaire des écoles primaires de Pinda-Boroko. Cet édifice, d’une capacité de 250 places, est offert par l’ONG Le Grenier de l’École et le Rotary Club de Chelles. Il vise à répondre à une urgence sociale dans une localité où la précarité alimentaire constitue un frein majeur à la réussite scolaire des enfants.
« Un ventre creux n’a point d’oreille »
Kamara Fatimata, ancienne sous-préfète de Pinda-Boroko et principale initiatrice du projet, a expliqué les raisons de son engagement : « Quand tu as faim au moment où le professeur dispense sa leçon, tu ne peux pas écouter. Durant mon séjour à Pinda-Boroko, j’ai constaté que les parents passent beaucoup de temps aux champs. C’est une région agricole. Parfois, le village se vide complètement. Les enfants arrivent alors à l’école le ventre creux. À midi, ils cherchent de quoi manger, errent d’un endroit à un autre. Dans ces conditions, comment apprendre ? »
Elle a poursuivi avec émotion :« En initiant ce projet, mon objectif était simple : aider les enfants. Où que l’on soit affecté, on peut toujours apporter quelque chose à sa communauté. Les enfants qui sont ici sont comme mes propres petits-enfants. Je pense à leur avenir, parce qu’un ventre creux n’a point d’oreille. »
Une réponse à une urgence sociale
La sous-préfète de Pinda-Boroko, Ganon née Gnahoré Ange Lydie, a salué une initiative « de haute portée sociale ». Selon elle, ce projet « répond à une urgence sociale dans une zone où la précarité alimentaire entrave lourdement le parcours scolaire des enfants ».
« Par ce geste, les donateurs garantissent aux élèves un repas chaud et équilibré, contribuant ainsi à réduire l’absentéisme et à améliorer les performances scolaires. Ils apportent également un soutien précieux aux familles les plus vulnérables », a-t-elle déclaré.
Elle a également rendu hommage à l’engagement de la mutuelle Kan-Bom, de l’ONG Le Grenier de l’École et du Rotary Club de Chelles, soulignant que « l’action de l’État ne peut atteindre sa pleine efficacité sans le concours des forces vives locales et des partenaires au développement ».
« Poser un acte de foi en l’avenir »
Pour Jean-Charles Nitombi, président du Rotary Club de Chelles, cette première pierre revêt une forte symbolique :
« La première pierre que nous posons aujourd’hui n’est pas une pierre ordinaire. C’est celle d’une cantine scolaire qui permettra à des enfants de mieux apprendre, mieux grandir et mieux rêver. Car un enfant qui a faim n’apprend pas dans les mêmes conditions que les autres. »
Il a ajouté : « Nous ne posons pas simplement une pierre, nous posons un acte de foi. Foi en l’éducation, foi en la solidarité, foi en l’avenir de nos enfants et foi en cette région. Nourrir les enfants, leur permettre de grandir en bonne santé et préparer l’avenir d’un peuple passe nécessairement par l’alimentation. Le choix de la cantine est donc, pour nous, un choix fondamental. »
Un calendrier et un appel aux partenaires
Jean-Charles Nitombi a également présenté le calendrier prévisionnel des travaux :
« Le démarrage des travaux devrait intervenir rapidement. Dans le meilleur des scénarios, nous espérons voir ce bâtiment sortir de terre dans un délai maximal d’un an et demi. Le véritable travail commence maintenant. »
Il a lancé un appel à la mobilisation des partenaires : « Nous appelons les autorités, les partenaires publics et privés, les fondations et toutes les structures engagées dans l’humanitaire, l’alimentation scolaire ou le développement communautaire à nous rejoindre. Le projet est aujourd’hui structuré et conçu comme un modèle reproductible que nous souhaitons dupliquer ailleurs. »
Un projet ancré dans le souvenir et tourné vers la durabilité
Zeby Deza, président de l’ONG Le Grenier de l’École, a évoqué l’origine personnelle de son engagement : « C’est un vieux souvenir qui m’a interpellé. J’ai moi-même fréquenté l’école au village et, à notre époque, le repas de midi était déjà un problème. En 1983, lors de vacances au village, j’ai constaté que rien n’avait changé. Peu à peu, l’idée de créer des cantines scolaires a germé. Pour moi, c’est une réponse essentielle à un besoin fondamental. » Pour assurer la pérennité du projet, il a plaidé en faveur d’un modèle durable intégrant la création de jardins potagers scolaires : « L’État ne peut pas tout faire. Aujourd’hui, le développement repose sur l’action conjointe des institutions publiques, des associations et des bailleurs. Nous avons tous une responsabilité. L’État, c’est aussi nous. »
Un système agro-intégré au service de l’avenir
Amon Kofi, vice-président de la mutuelle Kan-Bom, a exprimé sa satisfaction et son soutien à l’initiative : « Notre rôle, en tant qu’acteurs du développement, est d’accompagner, de coordonner et de suivre la mise en œuvre du projet afin que les populations puissent pleinement bénéficier de cet édifice. »
Il a particulièrement salué la vision d’un système intégré : « Au-delà du bâtiment et de l’approvisionnement alimentaire, il faut encourager sur place la production agricole destinée à alimenter régulièrement cette cantine. Ce modèle doit faire école et servir d’exemple à toute la région. » Interrogé sur l’impact attendu du projet, il a répondu :
« Ce qui va changer de manière significative, c’est l’avenir de nos enfants. Lorsqu’on examine les statistiques, très peu d’élèves parviennent du CP1 au CM2 puis à l’entrée en sixième. Non pas parce qu’ils manquent d’intelligence, mais parce qu’ils sont confrontés à des difficultés matérielles. Comment apprendre lorsqu’on ne sait pas comment se nourrir le matin ou à midi ? »
La fierté d’un village et l’espoir d’une région
La cérémonie s’est achevée dans une atmosphère empreinte d’espoir et de gratitude. Entouré de ses notables, Nanan Bini Kouakou peut désormais envisager que son règne laissera une empreinte durable au bénéfice des générations futures.
Cette cantine, bien plus qu’un simple bâtiment, symbolise la promesse d’une dignité retrouvée, d’une meilleure égalité des chances et d’un avenir plus serein pour les enfants de Pinda-Boroko. Désormais lancé, le projet appelle à une mobilisation élargie afin de respecter les délais annoncés et, à terme, de servir de modèle à d’autres villages confrontés aux mêmes défis.
Hosanna JP de Chantal