Bondoukou, le 5 juin 2026 – À la suite d’une assignation en justice initiée par un groupe de commerçants du marché central, le maire de la commune de Bondoukou, Ouattara Anzoumana, s’est longuement expliqué sur les fondements de cette action en justice et sur le projet de supermarché « Sococe» au cœur de la polémique. Lors d’une audience reportée au 5 juin, le premier magistrat de la ville, accompagné de son avocat, a présenté sa version des faits, balayant les accusations et assurant de la légalité et de l’utilité publique du projet contesté.
Une plainte pour « vente d’espace public » et « destruction »
Les commerçants plaignants ont déposé une plainte alléguant que le maire « utilisait un espace public à son propre compte » et le vendrait à des particuliers. Ils l’accusent également d’avoir détruit des magasins installés sur le site concerné. Leur requête principale visait à obtenir la suspension des travaux du futur supermarché Sococe et l’arrêt des démolitions.
La défense du maire : Légalité, intérêt général et démenti
Face à ces accusations, M. Ouattara a présenté une argumentation détaillée. Il a tout d’abord rappelé le cadre strict régissant le domaine public communal. « La mairie ne peut pas vendre un espace public », a-t-il affirmé, expliquant le mécanisme des Occupations du Domaine Public (ODP). « Ce sont des occupations provisoires. L’État peut récupérer son espace à tout moment. Les commerçants installés n’ont pas de titre foncier. »
Concernant le projet Sococe, présenté comme un partenariat de type « Build-Operate-Transfer » (BOT) sur 20 ans, le maire y voit une opportunité de développement. « L’objectif était de trouver un opérateur capable de nous aider à nourrir nos parents à moindre coût », a-t-il déclaré, évoquant la vie chère. Il a souligné les retombées économiques attendues (taxes, impôts, animation commerciale) et le fait qu’au terme du contrat, les infrastructures reviendront au patrimoine de l’État. « C’est comme si on utilisait l’espace de l’État pour le mettre en valeur au profit de l’État lui-même. »
Il a catégoriquement démenti avoir détruit des magasins. « La mairie n’a pas touché un seul magasin », insiste-t-il, expliquant avoir proposé un site de recasement aux occupants. Il s’est étonné que les plaignants demandent la suspension des travaux plutôt qu’un dédommagement s’il y avait eu destruction, y voyant une incohérence.
Accusation d’instrumentalisation politique
Le ton est monté d’un cran lorsque le maire a laissé entendre que cette action en justice était motivée par des considérations politiques. « Il y a une main politique derrière qui encourage ces personnes à mélanger les actions du maire, l’empêcher de réussir son mandat », a-t-il affirmé. Il a même cité le cas d’une personne dont le nom figurait sur la plainte sans qu’elle ne soit concernée, selon lui, preuve pour lui d’une « montée » artificielle du dossier.
Le juge refuse la suspension des travaux
L’issue judiciaire de cette audience a été favorable à la mairie sur un point crucial. « Le juge leur a dit qu’il ne pouvait pas suspendre les travaux », a rapporté M. Ouattara. Cette décision, interprétée par l’édile comme un feu vert de fait, lui permet de poursuivre le projet. « Si lui, il ne peut pas suspendre, nous on a commencé notre travail, nous on continue notre travail. »
Appel au calme et mise en garde finale
Le maire a lancé un appel aux commerçants pour qu’ils « ne se laissent pas instrumentaliser », assurant que la grande majorité d’entre eux travaillent paisiblement. Cependant, il a aussi adressé une mise en garde ferme aux récalcitrants. Après de multiples mises en demeure de quitter le site pour le recasement proposé, « à un moment donné, on n’aura pas d'autre choix que d'utiliser notre manière de les faire quitter. On n'a pas le choix. » En définitive, Ouattara Anzoumana a replacé le débat sur le terrain de l’intérêt général. « L'objectif du maire, c'est d'avoir un bon résultat à la fin de son mandat. <…> C'est l'intérêt général qui prime sur l'intérêt personnel. » Le projet Sococe, selon lui, incarne cette priorité pour le « bonheur de tout le monde » à Bondoukou. L’affaire judiciaire, quant à elle, suit son cours, mais sans l’outil de la suspension immédiate réclamée par les commerçants plaignants.
Hosanna JP de Chantal