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Vendredi, 12 juin

Déguerpissements tous azimuts à Abidjan : le MGC prend position

Publié le 12 juin 2026 à 10:50
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Madame Simone Hivet Gbagbo, présidente du MGC
Madame Simone Hivet Gbagbo, présidente du MGC

Depuis le début de l'année 2024, les autorités ivoiriennes ont engagé dans le District autonome d'Abidjan une vaste campagne de déguerpissements visant à libérer les emprises publiques, les zones jugées à risques ainsi que certains espaces destinés à des projets d'aménagement urbain. Ces opérations ont successivement concerné plusieurs quartiers et sites, notamment Gesco à Yopougon, Boribana à Attécoubé, Banco, Adjamé-Village et d'autres zones d'habitation populaire.
Si les objectifs affichés de modernisation urbaine, de sécurisation des populations et de préservation des espaces publics peuvent être compris et partagés, les modalités de mise en œuvre de ces opérations ont suscité de nombreuses interrogations et de vives inquiétudes au sein de l'opinion nationale. Plusieurs milliers de personnes ont été contraintes de quitter leurs habitations, parfois dans des délais très courts, tandis que de nombreuses activités économiques ont été détruites ou gravement perturbées.
Cette situation a pris une dimension particulièrement préoccupante ces derniers jours avec les opérations menées à Cocody, Vridi 3 et à Koumassi-Campement. Intervenues en pleine saison des pluies et à une période marquée par la tenue des examens scolaires et universitaires, ces opérations ont exposé des milliers de nos concitoyens à des conditions de vie extrêmement difficiles. Les images de familles dormant à la belle étoile, de commerces détruits et d'élèves privés d'un environnement propice à leurs études ont profondément ému et choqué l'opinion publique.
Les conséquences sociales de ces déguerpissements sont considérables. Femmes, enfants, personnes âgées et personnes vulnérables se retrouvent aujourd'hui confrontés à une précarité accrue. Nombreux sont ceux qui ont perdu leur logement sans disposer immédiatement d'une solution alternative d'hébergement. Cette situation les expose aux intempéries, aux risques sanitaires, à l'insécurité et à une profonde détresse psychologique.
Les conséquences économiques sont tout aussi préoccupantes. Des commerçants, artisans, restaurateurs, transporteurs et acteurs du secteur informel ont vu disparaître en quelques heures le fruit de plusieurs années de travail et d'investissement. Des familles entières ont ainsi perdu leur principale source de revenus, aggravant davantage leur vulnérabilité économique et sociale.
Au-delà de ces dimensions humaines et matérielles, ces événements soulèvent également d'importantes interrogations politiques et institutionnelles. Ils mettent en évidence les insuffisances de la politique nationale du logement, les difficultés de gestion du foncier urbain ainsi que la nécessité de mieux articuler les impératifs de développement urbain avec la protection des droits fondamentaux des citoyens. Ils posent également la question de la responsabilité des institutions publiques dans l'anticipation et l'accompagnement des conséquences sociales des décisions administratives.
C'est dans ce contexte que le MGC a pris connaissance du communiqué du Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance d'Abidjan en date du 10 juin 2026, relatif aux démolitions intervenues à Koumassi-Campement.
Le MGC prend acte des conclusions rendues publiques par le Procureur de la République selon lesquelles la décision de justice invoquée pour justifier ces démolitions n'autorisait aucune destruction de constructions et que la demande de démolition formulée par le nommé Alloui Brou Jacques avait été rejetée par le Tribunal. Le communiqué indique en outre que les actes commis pourraient constituer des infractions pénales et qu'une enquête a été ouverte afin d'identifier et de poursuivre leurs auteurs..
Si ces éléments sont confirmés par les investigations en cours, ils révéleraient une situation d'une extrême gravité pour l'État de droit. Le MGC estime que toute personne ayant participé à des démolitions illégales, usurpé l'autorité de la justice ou porté atteinte aux biens et aux droits des citoyens doit répondre de ses actes devant les juridictions compétentes.
Toutefois, le MGC considère que ce communiqué, aussi important soit-il, ne saurait mettre un terme aux interrogations légitimes soulevées par cette affaire ni exonérer l'ensemble des autorités concernées de leurs responsabilités éventuelles.
En effet, l'opinion publique est en droit de s'interroger sur les circonstances qui ont permis la réalisation de telles opérations, sur leur ampleur, sur leur durée ainsi que sur les mécanismes de contrôle qui auraient dû permettre d'en prévenir ou d'en limiter les conséquences. Comment des démolitions d'une telle envergure ont-elles pu être menées sans qu'une clarification préalable de leur fondement juridique ne soit portée à la connaissance des populations concernées ? Comment expliquer que des centaines de familles aient été exposées à une telle détresse avant que les irrégularités alléguées ne soient publiquement révélées ?
Le MGC estime qu'il serait réducteur de faire porter l'entière responsabilité de cette situation à un seul individu, aussi graves que puissent être les faits qui lui sont reprochés. Les populations attendent non seulement que les responsabilités individuelles soient établies, mais également que toute la lumière soit faite sur les responsabilités administratives, institutionnelles et politiques qui pourraient avoir contribué à la survenance de ces événements.
Par ailleurs, quelle que soit l'issue des enquêtes judiciaires en cours, la question fondamentale demeure celle du sort des populations sinistrées. La recherche de la vérité judiciaire est nécessaire. Mais elle ne saurait remplacer les réponses humanitaires, sociales et économiques attendues par les citoyens qui ont perdu leur logement, leurs biens ou leurs activités économiques.
Le MGC rappelle que l'État ne peut se limiter à rechercher et sanctionner les auteurs présumés des démolitions contestées. Il lui appartient également d'assurer la protection effective des populations affectées, de réparer les préjudices subis et de garantir que de telles situations ne puissent plus se reproduire.
Face à cette situation, le MGC demande :
1) Que toute la lumière soit faite sur les événements survenus à Koumassi-Campement et que les responsabilités soient établies à tous les niveaux ;
2) Que les victimes fassent l'objet d'un recensement transparent et bénéficient d'une assistance immédiate ;
3) Que des sites d'accueil et d'hébergement temporaires décents soient mis à la disposition des familles sinistrées ;
4) Qu’une aide financière d'urgence soit accordée aux ménages affectés et que leurs besoins essentiels en matière de logement, de santé, d'alimentation et de scolarisation soient pris en charge ;
5) Que les opérations de déguerpissement prévues pendant la période de fortes pluies soient suspendues ou réévaluées au regard des impératifs humanitaires ;
6) Qu’un mécanisme clair d'indemnisation et d'accompagnement économique soit mis en place pour les personnes ayant perdu leurs activités ou leurs biens ;
7) Que l'Assemblée Nationale engage une réflexion sur l'adoption d'un cadre législatif spécifique définissant les conditions, les procédures, les garanties sociales et les périodes appropriées pour la conduite des opérations de déguerpissement ;
Qu’une commission indépendante soit créée afin d'évaluer les conséquences humaines, économiques et sociales de ces opérations et de proposer des solutions durables.
Le MGC réaffirme la nécessité pour l'État d'élaborer un véritable programme national de relogement et de logement social garantissant qu'aucune famille ne soit privée d'abri sans qu'une solution alternative crédible et digne ne lui soit proposée au préalable.
Le développement urbain est une exigence légitime et nécessaire. Cependant, sa réussite ne peut être mesurée uniquement à l'aune des infrastructures réalisées ou des espaces libérés. Elle doit également se mesurer à la capacité des pouvoirs publics à protéger la dignité humaine, à préserver la cohésion sociale et à garantir que les populations les plus vulnérables ne soient pas les victimes du progrès qu'elles sont pourtant appelées à partager.
Le MGC demeure aux côtés des populations affectées et continuera à porter leur voix afin que prévalent la justice, la vérité, la responsabilité et la solidarité nationale.
Fait à Abidjan, le 11 juin 2026
Professeur TRAORÉ Klognimban Dominique
1er Vice-président et Porte-parole du MGC