Sous un ciel d’un bleu intense, la chaleur douce de juin caresse les murs ocre du musée de Bondoukou. L’air est chargé d’un mélange enivrant : l’odeur terreuse de la latérite, le parfum sucré des mangues mûres et les notes vibrantes des balafons qui, déjà, appellent à la célébration. Ici, au cœur du Gontougo, le 11 juin 2026 s’est ouvert un chapitre majeur de l’histoire culturelle ivoirienne : la 10ᵉ édition du Festival international du Kroubi (FIK). Plus qu’un anniversaire, c’est le couronnement d’une décennie au cours de laquelle une simple danse ancestrale s’est muée en un puissant levier d’unité, de fierté et de prospérité.
Une ouverture sous le signe de l’héritage et de la vision
La cérémonie d’ouverture a revêtu les allures d’un moment solennel et historique. Autour du secrétaire général de la préfecture, Loan Constant, représentant le préfet, se pressait une mosaïque vivante de la société : autorités en tenue d’apparat, chefs traditionnels drapés de pagnes symboliques, partenaires internationaux et artistes aux regards brillants de passion.
Loan Constant, d’une voix posée mais empreinte d’émotion, a retracé le parcours remarquable du festival. Il a salué la persévérance du commissaire général, Issoufou Ouattara, cet homme qui, « au lieu de rester spectateur du déclin progressif de nos traditions, a choisi d’agir ». « Grâce à sa passion, une initiative locale est devenue un rendez-vous de portée internationale », a-t-il affirmé, soulignant que valoriser les traditions, c’est « préserver notre identité collective » et « construire des ponts entre les peuples ».
Face à cet hommage, Issoufou Ouattara, figure désormais incontournable du festival, a incarné la modestie du bâtisseur. « Nous célébrons bien plus qu’un anniversaire. Nous célébrons dix années d’union, de solidarité et d’engagement au service de notre communauté », a-t-il déclaré, le regard tourné vers une foule conquise.
Le Kroubi, de rite initiatique à vitrine internationale
Didier Yeboua, président du comité d’organisation, a ensuite replongé l’auditoire dans les racines du festival. Le Kroubi, cette danse gracieuse et puissante pratiquée par les peuples Nafana, Koulango, Malinké et Sénoufo, dépasse le simple cadre du spectacle. Il constitue un rite sacré de passage à l’âge adulte pour les jeunes filles, un langage corporel qui raconte l’histoire, la résilience et la beauté d’une région.
« Transformer cette pratique ancestrale en un festival moderne fut un acte de vision », a expliqué M. Yeboua. Aujourd’hui, le FIK est devenu un puissant outil de sauvegarde culturelle, de promotion touristique et de valorisation économique. Pendant trois jours, Bondoukou se transforme ainsi en une vitrine culturelle qui attire les regards bien au-delà des frontières ivoiriennes.
Cette 10ᵉ édition marque également une évolution institutionnelle majeure avec la transformation du commissariat général en Organisation non gouvernementale (ONG), gage de pérennité et de professionnalisation. Le festival confirme aussi son ouverture à d’autres cultures : après avoir honoré les communautés Sénoufo, Baoulé, Wê et Burkinabè, il a cette année mis à l’honneur les communautés Gouro et togolaise, faisant de Bondoukou un véritable carrefour de fraternité ouest-africaine.
Une clôture placée sous le signe de l’engagement
Le samedi 13 juin, l’éclat des derniers costumes a illuminé la cérémonie de clôture. André Flégbo, représentant le préfet, a résumé l’esprit de ces trois jours de festivités en rappelant que les traditions sont « un levier puissant pour bâtir un avenir fondé sur la paix, la solidarité et le développement durable ».
Le maire de Bondoukou, Ouattara Anzoumana, par la voix de son représentant, a réaffirmé le soutien constant de la municipalité, convaincu que la culture demeure l’un des piliers du développement local.
Dans un ultime message empreint d’espoir, Issoufou Ouattara a appelé à la persévérance, invitant l’ensemble des acteurs à poursuivre leurs efforts pour l’unité, l’éducation de la jeunesse et la promotion des valeurs héritées. Didier Yeboua a, quant à lui, rappelé l’essence profonde du Kroubi : un symbole d’identité et un fil d’or reliant les générations.
Un héritage social, économique et culturel
Sur le plan social, le FIK s’est imposé comme un puissant facteur de cohésion à Bondoukou. Il rassemble dans une même ferveur jeunes et anciens, fonctionnaires et artisans, citadins et villageois. Il est devenu une école du vivre-ensemble où les différences s’effacent au rythme des tambours.
Économiquement, le festival agit comme un véritable moteur local. Hôtels complets, restaurants bondés, commerce de rue en pleine effervescence : toute la ville bénéficie de cette dynamique. Les artisans y trouvent aussi une vitrine exceptionnelle pour exposer sculptures, tissages et poteries à un public varié.
Culturellement enfin, le FIK a sauvé le Kroubi de l’oubli en le faisant passer de l’espace intime du village à une scène internationale. Il a offert une visibilité nouvelle aux artistes locaux et ravivé chez les populations une fierté identitaire, transformant ce patrimoine ancestral en symbole de modernité et d’ouverture.
Alors que les derniers échos des balafons se dissipent dans la nuit bondoukoulaise, une certitude demeure : le Festival international du Kroubi a dépassé le simple cadre de l’événement. Il est devenu une institution, un phare culturel qui éclaire la voie d’un développement où tradition et modernité avancent désormais ensemble.
Hosanna JP de Chantal