Traitement ...
OK
NON
ANNULER
Mardi, 14 juillet

BONDOUKOU : LE GRAND MARCHÉ PART EN FUMÉE, UNE VILLE EN ÉTAT DE CHOC

Publié le 13 juillet 2026 à 09:36
Lu 176 fois
Le préfet Kouadio Gbangbo André, les autorités municipales et sécuritaires sur les lieux du drame
Le préfet Kouadio Gbangbo André, les autorités municipales et sécuritaires sur les lieux du drame

Enfer de 4 heures au cœur économique du Gontougo : des vies réduites en cendres, le Préfet Kouadio Gbongbo André au front.
23h00. Il ne reste plus rien. Là où hier encore s'alignaient pagnes baoulé, sacs de riz, cartons d'épices et étals colorés, il n'y a plus ce matin qu'un squelette calciné, des tôles tordues et une épaisse fumée âcre qui refuse de se dissiper. Le grand marché de Bondoukou, poumon économique de tout le Nord-Est ivoirien, a brûlé.
Le drame s'est joué le dimanche 12 juillet, aux environs de 19 heures. Une heure de grande affluence où les commerçants bouclaient leurs comptes. Selon les premiers témoignages concordants, une forte détonation suivie d'étincelles, attribuée à un court-circuit électrique dans le bâtiment principal, a tout déclenché.
En quelques minutes, le feu a tout avalé. Attisé par les tissus, les plastiques et les produits cosmétiques stockés en masse, il a sauté de boutique en boutique avec une violence inouïe.
"J'ai juste eu le temps de prendre mes enfants qui jouaient à côté. Tout mon magasin de 15 ans est parti. Je n'ai même pas pu sauver un seul pagne", sanglote Adja, 42 ans, commerçante de wax, les mains noires de suie, fouillant encore ce lundi matin un amas de cendres fumantes.
Pendant que les flammes dévoraient tout, le chaos s'installait. Des cris, des bousculades, des femmes s'évanouissant, des jeunes risquant leur vie pour extraire des ballots. Et au milieu de cette détresse, l'ignoble : des individus profitant de la panique pour piller des marchandises sauvées de justesse. Une scène qui a soulevé l'indignation générale.

4 heures de guerre contre les flammes

Alertés avec une trentaine de minutes de retard à cause de l'embrasement généralisé, les sapeurs-pompiers civils sont arrivés face à un brasier hors de contrôle. L'enjeu était clair : empêcher que tout le marché, qui s'étend sur plusieurs hectares, ne disparaisse.
La bataille a duré quatre heures. Quatre heures d'une lutte acharnée menée par les soldats du feu, appuyés de manière décisive par les citernes de l'ONEP et de l'entreprise PORTEO. Sans ce ravitaillement continu en eau, Bondoukou aurait vécu une catastrophe totale.
Leur plus grande hantise : les bouteilles de gaz stockées dans certains magasins. Une explosion en chaîne aurait transformé l'incendie en tragédie humaine. C'est ce scénario catastrophe que les pompiers ont réussi à éviter, circonscrivant le feu aux environs de 23 heures.

Le Préfet et le Maire dans la fournaise

Le Préfet de région, Préfet du département de Bondoukou, Kouadio Gbongbo André, n'a pas attendu le bilan. Informé à 19h30, il s'est précipité sur les lieux avec le corps préfectoral, le Maire et son conseil municipal, les commandants de la Police et de la Gendarmerie.
C'est un homme visiblement bouleversé, la gorge nouée par la fumée et l'émotion, qui s'est adressé aux sinistrés, au milieu des crépitements du feu. « Je suis vraiment désolé de ce qui se passe. C’est une véritable désolation. Je compatis sincèrement aux importantes pertes matérielles subies par nos populations. Je suis là avec les populations. Je partage leur douleur. Nous faisons tout ce qui est possible pour maîtriser cette situation ».
Ordre immédiat a été donné : sécurisation totale du périmètre par les forces de défense, mise en alerte maximale du Centre Hospitalier Régional, et mobilisation de renforts. Le message de l'État est clair : aucune victime ne sera abandonnée. Les autorités municipales ont, pour leur part, promis un recensement d'urgence dès ce lundi pour évaluer l'ampleur exacte des dégâts.

Au-delà des flammes : Bondoukou menacée d'asphyxie économique

Le feu est éteint. Le drame économique, lui, ne fait que commencer. Cet incendie n'est pas un simple fait divers. C'est un séisme pour toute la région du Gontougo.
Des centaines de familles anéanties : On parle de plusieurs dizaines de magasins du bâtiment principal entièrement détruits. Pour chaque magasin, ce sont 3 à 5 familles qui en vivent. C'est l'épargne d'une vie, les prêts contractés à la microfinance, la scolarité des enfants qui sont partis en fumée. Le risque de surendettement et de pauvreté extrême est immédiat. Le grenier régional paralysé : Le marché de Bondoukou n'est pas un marché ordinaire. C'est une plaque tournante sous-régionale où s'approvisionnent des commerçants venus du Ghana voisin, du Burkina, de Bouna, de Tanda et de Sandégué. Sa fermeture partielle va provoquer une rupture de la chaîne d'approvisionnement, une flambée des prix des produits de première nécessité et une perte de recettes colossales pour la mairie. Un millier d'emplois indirects menacés : Chargeurs, pousse-pousse, apprentis couturiers, vendeuses d'eau, transporteurs... Tout un écosystème informel qui gravite autour du marché se retrouve au chômage technique du jour au lendemain.
Ce lundi, Bondoukou s'est réveillée groggy. L'odeur de brûlé flotte encore sur la ville. Mais déjà, une seule question est sur toutes les lèvres, entre deux prières : qui va nous aider à nous relever ?
Les sinistrés attendent désormais des actes forts : un fonds d'urgence de l'État, un appui du Conseil Régional et une chaîne de solidarité nationale. Car reconstruire le grand marché de Bondoukou, c'est reconstruire la dignité et l'espoir de toute une région.

Hosanna JP de Chantal