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Mardi, 14 juillet

BONDOUKOU : LE MARCHÉ CENTRAL PART EN FUMÉE, LES BOUCHES D’INCENDIE RESTÉES MUETTES

Publié le 13 juillet 2026 à 16:02
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Image d'archives lors de l'inauguration des installations au marché de bondoukou
Image d'archives lors de l'inauguration des installations au marché de bondoukou

A quoi ont donc servi les bouches d'incendie inaugurées en grande pompe ? La question brûle toutes les lèvres ce matin à Bondoukou.
Le grand bâtiment central du marché de Bondoukou n'est plus qu'un amas de cendres et de tôles calcinées. Dans la nuit du 12 juillet 2026, un violent incendie a ravagé le cœur battant du commerce de la région du Gontougo, sous le regard impuissant des populations.
Le drame s'est déclaré aux environs de 19 heures selon les premiers témoignages. En quelques minutes, les flammes attisées par les marchandises hautement inflammables - pagnes, plastiques, produits cosmétiques - ont tout emporté. A l'arrivée des secours, il était déjà trop tard. Et pourtant, Bondoukou n'était pas censé vivre ce scénario.

Une cérémonie prophétique du 22 novembre 2017

Il faut remonter au 30 novembre 2017. Ce jour-là, la presse locale titrait fièrement : « BONDOUKOU : Le grand marché équipé d’une bouche d’incendie ».
A l'occasion de la pose d'une borne-fontaine, la deuxième du marché central, le maire d'alors, Koné Hiliassou, déclarait, solennel : « Soucieux de la protection des biens et des personnes, le Conseil municipal a bien voulu installer cette bouche afin de permettre au service de lutte contre les incendies d’être opérationnel ». L'élu avait tout vu venir. Dans le même discours, il lançait une alerte qui résonne aujourd'hui comme une prophétie glaçante : « Chaque centimètre carré de ce lieu est occupé par les commerçants. Les emprises de sécurité ne sont pas épargnées. Ce qui, sans doute, rendra la tâche difficile pour les pompiers en cas de sinistre. »
Il appelait alors les forces de police à « aider à libérer » les emprises et le président des commerçants à intensifier la sensibilisation : « S’il y a eu incendie sur les marchés de Tanda et Yamoussoukro ; s’il y a eu récemment incendie au marché d’Abobo, il peut avoir incendie au marché de Bondoukou. C’est souvent la nuit que les feux se déclenchent à cause des installations et branchements électriques anarchiques ». Il promettait de mettre fin aux raccordements électriques de fortune, prévenant : « Mieux vaut intervenir en amont ! Lorsqu’un incendie survient, il est difficile d’intervenir rapidement et c’est tout le monde qui est accusé. »
Neuf ans plus tard, nous y sommes.
Les pompiers ont-ils eu accès aux bouches ?
C'est la grande interrogation qui alimente la colère ce lundi matin à Bondoukou.
Les bouches d'incendie étaient-elles fonctionnelles ? Les sapeurs-pompiers ont-ils pu y accéder ou étaient-elles, comme en 2017, ensevelies sous les étals, les cartons et les tables des commerçants qui occupent illégalement les voies de secours ?
Selon plusieurs témoins sur place, les engins des pompiers civils auraient mis plus d'une heure à se frayer un chemin jusqu'au foyer, bloqués par l'étroitesse des allées transformées en boutiques. L'eau aurait manqué, obligeant les soldats du feu à faire des va-et-vient jusqu'à des points d'eau éloignés. Une source proche des secours, sous couvert d'anonymat, confie : « Quand il n'y a pas d'accès et que la pression d'eau est faible, une bouche d'incendie ne sert à rien. C'est juste un décor. » Conséquence : des centaines de commerçants ruinés, des milliards de FCFA partis en fumée, et des familles entières sans revenus à la veille de la rentrée scolaire.
Ce drame de Bondoukou relance le débat national sur la sécurité dans nos marchés. Installer du matériel ne suffit pas. Il faut le maintenir, le dégager et surtout, faire respecter la loi. Qui est responsable ? La mairie qui n'a pas libéré les emprises ? Les commerçants qui ont réoccupé les passages ? La CIE et les branchements anarchiques ? L'enquête devra le dire.
Mais pour l'heure, à Bondoukou, une seule question compte : à quoi ont donc servi ces bouches d'incendie ?

Hosanna JP de Chantal