Traitement ...
OK
NON
ANNULER
Mardi, 14 juillet

BONDOUKOU : L'EX-MAIRE KONÉ HILIASSOU - "J'ai dit ça il y a 10 ans, personne n'a écouté, voilà le résultat !"

Publié le 13 juillet 2026 à 21:54
Lu 68 fois
Kone Heliassou, ex maire de bondoukou
Kone Heliassou, ex maire de bondoukou

Il avait prévenu. Il avait crié. Il avait même fait déguerpir les étals qui bloquaient les bouches d'incendie. Trois ans après avoir quitté la mairie, Koné Hiliassou revient sur les cendres du marché qu'il a géré pendant une décennie.
Il n'a pas l'habitude de parler. Depuis qu'il a passé la main, Koné Hiliassou s'est fait discret. Mais le drame était trop grand pour se taire. Face à l'incendie qui a réduit le grand bâtiment central du marché de Bondoukou en cendres dans la nuit du 12 juillet 2026, l'ancien maire a brisé le silence. Et ses mots sont lourds de douleur, de colère et de questions sans réponses. Joint sur les décombres fumants, l'homme qui a incarné Bondoukou pendant 10 ans n'a pas pu retenir son émotion :
« Je suis doublement peiné. Je connais l'histoire de ce marché. En 1971, j'étais là à l'inauguration. J'ai géré ce marché pendant dix ans. Je suis aujourd'hui un habitant, un cadre, triste. Je n'avais jamais vu un tel drame à Bondoukou ici. »
Avant d'adresser son yako : « Je profite pour souhaiter mon yako à tous les commerçants de Bondoukou, toute la population. Leur dire que tout ce que Dieu fait, on n'y peut rien. » Mais très vite, la compassion laisse place à l'incompréhension. Et à une interrogation lancinante qui hante toute la ville.
"Il y a deux bouches d'incendie dans le marché ! Qu'est-ce qui s'est passé ?"
Koné Hiliassou ne décolère pas. Lui sait de quoi il parle. Car ce marché, il l'a sécurisé de ses propres mains.
« Il y a deux bouches d'incendie au marché, dans le marché même. Celui qui a construit le marché a pensé à cela. Il y a deux bouches d'incendie que j'ai entretenues durant mon passage à la mairie. J'ai même fait libérer les stands qui fermaient les bouches d'incendie. Aujourd'hui, je me pose beaucoup de questions. Et j'ai fait installer une borne d'incendie à quelques mètres encore. Il paraît que c'est ça qui a donné de l'eau. Donc les deux qui sont dans le marché, qu'est-ce qui s'est passé ? » La question est posée. Crue. Directe. Si la borne extérieure a fonctionné, pourquoi les deux intérieures, les plus vitales, sont restées muettes ? « Est-ce que le message que j'ai passé durant tout mon séjour n'a pas fonctionné ? Les gens ont fermé l'accès. J'ai toujours dit ça. »
L'ex-maire rappelle alors ses mises en garde incessantes, presque prophétiques :
« Je suis passé au marché, j'ai tenu beaucoup de réunions pour dire aux commerçants, faisons attention, faisons attention. Sinon, si on a un problème dans le marché, les sapeurs-pompiers ne pourront pas accéder. Et voilà, neuf ans, dix ans après, ce que j'ai dit se réalise. » "À qui la faute ?"
C'est la phrase qui claque comme un verdict. Loin de vouloir polémiquer, Koné Hiliassou pose le vrai débat qui devra s'ouvrir à tête reposée, comme il dit :
« On a attiré l'attention, on a même agi. Mais malgré ça, il y a eu l'incendie. À qui la faute ? À nous qui avons géré ou aux commerçants qui n'ont jamais voulu écouter les conseils ? C'est ça. C'est pour ça que je me pose beaucoup de questions. Et je suis très triste. Je suis très peiné aujourd'hui, très peiné. »
Interrogé sur sa passation de charges avec la nouvelle équipe municipale conduite par Ouattara Anzoumana, l'ex-maire se veut irréprochable et élégant :
« Je ne dirai rien de méchant. Mais je vais dire que j'ai fait une passation de charges la plus correcte. » Et de conclure, la voix serrée : « Depuis que je ne suis plus aux affaires, je parle peu, on me voit peu. Mais ce n'est pas parce que je ne pense pas à eux. Je pense à eux. Je pense réellement à eux. Je suis de cœur avec tous les commerçants. Il faut qu'ils comprennent qu'il y a encore la vie. »
Le témoignage de Koné Hiliassou n'est pas une attaque. C'est un réquisitoire contre l'oubli. Il prouve que le drame du 12 juillet n'était pas une surprise. Il était annoncé, documenté, anticipé. Les deux bouches d'incendie intérieures ont-elles été étouffées par les étals anarchiques qu'il avait lui-même fait déguerpir ? L'enquête le dira.
Mais une chose est sûre : l'ex-maire avait vu juste. Et Bondoukou paie aujourd'hui le prix de ne pas l'avoir écouté.

Hosanna JP de Chantal