Actions pour la Protection des Droits de l'Homme en Côte d'Ivoire (APDH) a pris connaissance du verdict rendu le 23 juillet 2026 par le Tribunal de première instance d'Abidjan dans l'affaire du meurtre particulièrement odieux du jeune livreur de Cocody. Les auteurs ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité, l'une des peines les plus lourdes prévues par la législation ivoirienne.
APDH s'incline devant la mémoire de la victime et adresse ses condoléances les plus attristées à sa famille. Elle exprime également sa solidarité à toutes les victimes de l'insécurité et de la criminalité qui endeuillent notre pays.
Ce drame a profondément bouleversé la conscience nationale. Il intervient dans un contexte marqué par une recrudescence inquiétante des assassinats, des braquages, des enlèvements et d'autres formes de violence criminelle. La peur, la colère et le sentiment d'insécurité qui traversent la société sont réels et légitimes. Dans ces circonstances, il est compréhensible que certains citoyens réclament le rétablissement de la peine de mort.
APDH entend cette colère. Mais elle estime qu'un État de droit ne peut construire sa politique pénale sous le coup de l'émotion. La justice doit répondre à la souffrance des victimes avec fermeté, tout en restant fidèle aux principes qui fondent notre République.
La question essentielle est la suivante : la peine de mort permet-elle réellement de faire reculer la criminalité ? Les recherches menées à travers le monde n'ont jamais démontré qu'elle constituait un moyen plus efficace que la réclusion à perpétuité pour prévenir les crimes les plus graves. Si la peine capitale était une solution, les pays qui l'appliquent seraient aujourd'hui parmi les plus sûrs. Les faits démontrent pourtant que les homicides et les crimes organisés y persistent.
Ce qui décourage véritablement les criminels n'est pas la perspective de la peine de mort, mais la certitude d'être arrêtés, jugés et condamnés. Là réside le véritable défi pour la Côte d'Ivoire : faire en sorte qu'aucun criminel ne puisse compter sur l'impunité.
APDH appelle donc les pouvoirs publics à renforcer toute la chaîne pénale : améliorer les capacités d'investigation des forces de sécurité, développer la police scientifique, moderniser les moyens de renseignement, accélérer les procédures judiciaires, garantir l'exécution effective des décisions de justice et lutter sans relâche contre l'impunité.
APDH rappelle également que la peine de mort est irréversible. Or, aucune justice humaine n'est infaillible. Partout dans le monde, des personnes condamnées à mort ont été innocentées plusieurs années après leur condamnation grâce à de nouvelles preuves ou aux progrès de la science. Une erreur judiciaire peut être réparée lorsqu'une personne est emprisonnée ; elle devient irréparable lorsqu'elle est exécutée.
En abolissant la peine de mort, la Côte d'Ivoire a fait le choix de placer le respect du droit à la vie au cœur de son système juridique, conformément à sa Constitution et à ses engagements internationaux. Ce choix n'est pas un signe de faiblesse. Il traduit la volonté de combattre le crime sans renoncer aux valeurs fondamentales qui fondent la justice.
Pour APDH, défendre les droits humains ne signifie en aucun cas minimiser la souffrance des victimes. Bien au contraire. Les familles endeuillées ont droit à une justice rapide, impartiale et exemplaire. Les auteurs des crimes les plus graves doivent être poursuivis avec la plus grande rigueur et condamnés aux peines les plus sévères prévues par la loi.
Mais la lutte contre l'insécurité ne se gagnera pas uniquement dans les tribunaux. Elle suppose également une politique ambitieuse de prévention : une meilleure éducation, un encadrement renforcé de la jeunesse, la lutte contre les drogues, la création d'opportunités d'emploi, le soutien à la santé mentale, un contrôle accru des armes et une police de proximité plus efficace.
APDH invite enfin les autorités, les responsables politiques, les leaders religieux et communautaires, les médias ainsi que l'ensemble des citoyens à faire preuve de responsabilité. Les périodes de forte émotion exigent des paroles qui rassemblent plutôt que des discours qui alimentent la haine ou la vengeance.
La sécurité ne s'obtient pas en multipliant les exécutions, mais en mettant fin à l'impunité.
La justice ne se mesure pas à la sévérité de la peine, mais à sa certitude, à son impartialité et à son efficacité.
La force d'un État de droit ne réside pas dans sa capacité à ôter la vie, mais dans sa capacité à protéger toutes les vies, à rendre justice aux victimes et à garantir que nul ne puisse échapper à la loi.
APDH réaffirme donc son engagement aux côtés de toutes les victimes de la criminalité et appelle l'ensemble des institutions de la République à unir leurs efforts afin de bâtir une Côte d'Ivoire plus sûre, plus juste et plus respectueuse de la dignité humaine.
Fait à Abidjan, le 24 juillet 2026.
Pour Actions pour la Protection des Droits de l'Homme en Côte d'Ivoire (APDH)
Le Président National
Abraham Denis YAUROBAT