La Compagnie Ivoirienne d'Électricité (CIE) a annoncé, ce 30 juillet 2026, un nouvel incident sur le réseau haute tension de l'intérieur du pays. Si le communiqué officiel se veut rassurant, sur le terrain, notamment à Doropo, à l'extrême Nord-Est de la Côte d'Ivoire, ces perturbations ne sont plus de simples incidents : elles sont devenues le quotidien des populations.
Le communiqué de la CIE
Dans un communiqué publié ce jeudi 30 juillet 2026, la Direction régionale de la CIE indique :
« La Compagnie Ivoirienne d'Électricité informe sa clientèle qu'un incident est en cours sur le réseau électrique haute tension de l'intérieur. Cet incident entraîne actuellement des perturbations de la fourniture de l'électricité dans plusieurs villes de l'intérieur du pays, notamment Adzopé, Akoupé, Abengourou, Agnibilékro, Tanda, Bondoukou et Bouna.
Nos équipes techniques sont pleinement mobilisées afin de réduire au maximum la durée de ces perturbations.
La CIE présente ses excuses pour les désagréments occasionnés et invite sa clientèle à joindre son Centre de Relation Client au 179, sur WhatsApp au 01 50 179 179 ou via ses réseaux sociaux. »
Un scénario malheureusement bien connu
Ce nouvel incident rappelle une réalité récurrente. À plusieurs reprises déjà, la CIE avait annoncé des travaux ou des incidents entraînant des perturbations dans les localités de Doropo, Téhini, Bouko, Danoa et Gogo. Dans certains communiqués, les villes de Téhini et Doropo étaient même les seules concernées.
Doropo : quand l'exception devient la règle
Si des villes comme Adzopé ou Abengourou découvrent occasionnellement les désagréments des coupures d'électricité, Doropo, elle, les subit régulièrement. Située à l'extrémité de la ligne Bondoukou-Bouna-Doropo, cette localité frontalière du Burkina Faso paie le plus lourd tribut à chaque incident sur le réseau haute tension. Le moindre dysfonctionnement se traduit souvent par un black-out total pouvant durer plusieurs heures, voire plusieurs jours.
Les conséquences sur la vie des populations sont immédiates et considérables.
L'économie locale est fortement paralysée. Fondée essentiellement sur le petit commerce, l'agriculture et l'artisanat, elle dépend de l'électricité pour son fonctionnement. Les moulins s'arrêtent, les chambres froides des vendeuses de poisson et de viande cessent de fonctionner, tandis que les soudeurs, coiffeurs et couturiers sont contraints de fermer leurs ateliers. Chaque coupure représente une importante perte de revenus.
Sur le plan sanitaire et domestique, les difficultés s'accumulent. Les centres de santé fonctionnent au ralenti et la conservation des vaccins ainsi que de certains médicaments devient préoccupante. Dans les ménages, le retour à la lampe torche et au charbon de bois s'impose. Les familles qui avaient investi dans des congélateurs voient souvent leurs provisions se détériorer.
L'isolement numérique constitue également un défi majeur. Sans électricité, impossible de recharger les téléphones. Dans cette zone frontalière où l'information et les systèmes d'alerte sont essentiels, des villages entiers se retrouvent coupés du monde. Les élèves préparant le BEPC et le baccalauréat ne peuvent plus réviser dans de bonnes conditions durant la soirée.
Enfin, l'approvisionnement en eau est lui aussi affecté. Comme dans plusieurs régions de Côte d'Ivoire, les perturbations électriques entraînent fréquemment l'arrêt des stations de pompage, provoquant des coupures d'eau potable.
Pour les habitants de Doropo, les excuses de la CIE ne suffisent plus. Ils n'attendent plus seulement la réparation d'un incident ponctuel, mais réclament une solution structurelle et durable pour sécuriser la ligne Bondoukou-Bouna-Doropo, considérée comme l'un des maillons les plus fragiles du réseau électrique.
En attendant cette réponse, les populations continuent de prendre leur mal en patience, partagées entre résignation et colère… dans le noir.
Hosanna JP de Chantal