A l'observation, la Côte d'Ivoire a 66 ans d'existence juridique. A l'échelle d'un État, ce n'est pas assez, mais suffisant pour faire un bilan politique.
En six décennies, notre pays a connu trois Républiques. La première débute le 3 novembre 1960 et va durer quarante ans. Une période marquée par le parti unique. Le PDCI-RDA, parti-État. Tout partait du PDCI-RDA et tout revenait au PDCI-RDA. Les députés et maires étaient nommés par le président du parti, Chef de l'Etat et président de la République. 1980, début des premières élections municipales et législatives. Tous les candidats étaient issus du parti unique. En 1990, c'est le multipartisme. L'espoir démocratique naît. Mais, très vite, c'est le désenchantement. L'élection présidentielle de 1995 sera violemment contestée et réprimée. 30 morts. En décembre 1999, les militaires prennent le pouvoir. C'est dans ce contexte politique que naît la deuxième République le 1er août 2000.
Elle est cauchemardesque. Octobre 2000, l'election présidentielle est chaotique. 300 morts. Deux ans plus tard, une rébellion eventre le pays et le divise en deux. Pendant huit ans, la Côte d'Ivoire est sous perfusion et assistance de la communauté internationale. En 2010, c'est l'apogée de l'impolitique. La présidentielle fait , officiellement, 3000 morts. Six années après, naît la troisième République le 8 novembre 2016. Elle sera celle des paris démocratiques manqués. En 2020 et 2025, les élections présidentielles ne sont pas inclusives. La fracture politique s'accentue. Le système de partis reste multipartisant avec un parti dominant voire jupiterien.
C'est dans ce contexte politique qu'intervient la dissolution de la C.E.I. Du nouveau cadre juridique et institutionnel du système électoral, naîtra, peut-être, le nouvel espoir démocratique ivoirien.
A l' analyse, les 66 ans de la Côte d'Ivoire ont été un gâchis démocratique.
Geoffroy- Julien Kouao
Politologue et essayiste