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Lundi, 03 août

ELIZABETH ASANTEWAA, 13 ANS : LA FILLE QUI A PORTÉ LA BOMBE DE NKRUMAH

Publié le 02 août 2026 à 22:16
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ELIZABETH ASANTEWAA, 13 ANS : LA FILLE QUI A PORTÉ LA BOMBE DE NKRUMAH
ELIZABETH ASANTEWAA, 13 ANS : LA FILLE QUI A PORTÉ LA BOMBE DE NKRUMAH

Elle s’appelait Elizabeth Asantewaa. Elle avait 13 ans. On l’avait choisie pour offrir des fleurs au père de la Nation. Elle a fini par offrir sa jambe, sa jeunesse, et sa vie entière. L’État ne lui a jamais rendu.

Un honneur qui devient un cauchemar


6 mars 1964, stade sportif d’Accra. Dans la mémoire collective, c’est cette date que l’on retient. Dans les archives, c’est le 1er août 1962, à Kulungugu, poste frontalier du nord, près de Bawku.
L’histoire est la même. Le Ghana célèbre. Kwame Nkrumah, le premier président, l’Osagyefo, revient d’une rencontre avec le président de Haute-Volta pour le projet du barrage de la Volta. Son convoi s’arrête. Des écoliers l’acclament.
Parmi eux, une fillette de l’école primaire, Elizabeth Asantewaa, 13 ans. Uniforme impeccable, bouquet à la main. Elle a été sélectionnée parmi des dizaines d’autres pour l’honneur suprême : remettre les fleurs au président. Elle ne le sait pas, mais la mort est dans ses mains.

La bombe était dans les fleurs

Au moment où Nkrumah tend les mains, une déflagration. Une bombe artisanale, dissimulée dans le bouquet ou à ses pieds selon les versions, explose pour tuer le président.
Le garde du corps, le capitaine Samuel Buckman, entend le tic-tac et plaque Nkrumah au sol. Le président s’en sort avec des éclats dans le dos. 55 autres personnes sont blessées.
Au centre du cratère, il y a Elizabeth.
« Ce que j’ai juste vu, c’était boom, ça m’a soulevée et ramenée au sol. Tout ce que je voyais, c’était ma jambe qui brûlait », racontera-t-elle plus tard.
Transportée dans un véhicule privé par des soldats, faute d’ambulance disponible, elle est admise au 37 Military Hospital. Les médecins n’ont pas le choix : pour lui sauver la vie, ils amputent sa jambe gauche. Elle restera deux ans hospitalisée, avant d’être évacuée par Nkrumah lui-même au Royaume-Uni pour une prothèse. Elle avait 13 ans.

« Je l’ai vu pleurer »

Dans sa chambre d’hôpital, une visite improbable. Nkrumah vient la voir, accompagné de son épouse Fathia.
« Je l’ai vu près de mon lit, et pendant qu’on parlait, il a commencé à pleurer. J’ai vu des larmes dans ses yeux », confiera-t-elle.
L’homme qui ne pleurait jamais en public pleure devant l’enfant qui a pris sa place. Il lui fait une promesse : « Tu as sauvé ma vie. L’État prendra soin de toi mieux que je ne le ferai moi-même ». Cette promesse meurt avec la Première République.

Et puis, le silence de l’État

En 1966, Nkrumah est renversé par un coup d’État. Le dossier Elizabeth Asantewaa disparaît des bureaux.
Soixante ans plus tard, les caméras de Citi TV la retrouvent à Dansoman, banlieue d’Accra, dans un fauteuil roulant. 65, puis presque 70 ans, une jambe amputée, l’autre en train de pourrir à cause des éclats restés et du manque de soins.
« Je ne ressens que de la faiblesse générale, j’ai besoin de massages constants, je me sens souvent étourdie. C’est dur pour moi ».
Pas de pension. Pas de reconnaissance officielle. Pas d’aide médicale. Son loyer est payé par son église, Assemblies of God de Dansoman. Parfois, elle n’a pas d’argent pour manger : « Parfois, quand je n’ai pas d’argent, je ne fais que boire de l’eau et dormir ».
Elle raconte avec la même phrase, glaçante de lucidité : « Si j’avais tendu mes mains vers lui, c’est lui qui serait mort ».
L’ironie de l’histoire est cruelle. Celle qui a été blessée aux côtés de Nkrumah partage le même abandon que Salifu Dagarti, le garde du corps qui était mort en 1962 en le protégeant. Ce sont d’ailleurs des proches de victimes, des anciens élèves, des groupes de jeunes du NDC, et jusqu’à la petite-fille de Dagarti qui se mobilisent pour lui apporter un peu d’argent et de nourriture, là où l’État a failli.
Madame Asantewaa s’est éteinte le 22 juin 2021. Sa famille a dû se rendre chez le Speaker du Parlement, Alban Bagbin, pour simplement annoncer sa mort.
Le Ghana a élevé des statues à l’endroit où la bombe a explosé. Il a oublié le corps qui l’a reçue.
Aujourd’hui, la question demeure : qui se souvient d’Elizabeth Asantewaa? Pas dans les manuels d’histoire. Pas dans les discours du 6 mars. Elle reste cette note de bas de page, cette « school child, Elizabeth Asantewaa, was severely injured » dans l’article Wikipédia de l’attentat de Kulungugu. Une enfant qui a porté une bombe à la place d’un président.

Hosanna JP de Chantal