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Mardi, 11 août

Cote divoire : L'Armée ivoirienne en deuil, trois hauts gradés fauchés en dix jours

Publié le 11 août 2026 à 08:40
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En l'espace de dix jours, trois figures majeures du commandement militaire sont décédées
En l'espace de dix jours, trois figures majeures du commandement militaire sont décédées

Abidjan, 11 août 2026 - C'est une onde de choc qui traverse les Forces armées de Côte d'Ivoire (FACI). En l'espace de dix jours, trois figures majeures du commandement militaire sont décédées, plongeant l'institution et la Nation entière dans une profonde affliction.
Le général de division Dem Aly Justin, chef d'état-major général adjoint des Armées, est décédé le 31 juillet 2026 à Abidjan. Quelques jours plus tard, le 6 août, le colonel Karim Traoré, chef de la Section de Recherches de la Gendarmerie de Daloa, succombait à un malaise lors d'une activité sportive. Enfin, le colonel-major Fofié Kouakou Martin, commandant de la 2e Région militaire de Daloa, est décédé dans la nuit du 8 au 9 août 2026. Ses obsèques nationales pour le général Dem sont prévues du 9 au 16 août. Trois parcours, trois générations d'officiers, qui racontent à eux seuls 25 ans d'histoire de l'armée ivoirienne.

Général de division Dem Aly Justin (1965-2026) : Le stratège et le bâtisseur

Né en 1965 à Bouaké, Dem Aly Justin était considéré comme le numéro deux des FACI et l'un des plus proches collaborateurs du chef d'état-major général Lassina Doumbia.
Son ascension est celle du mérite républicain. Titulaire d'une maîtrise d'histoire à l'Université Félix Houphouët-Boigny, d'un Executive MBA en management global des risques et diplômé de l'Institut des études stratégiques de défense, il est issu de la promotion 1985-1987 de l'École des Forces Armées de Bouaké. Officier de l'infanterie aéroportée, il s'est formé au cours d'application d'infanterie à Bouaké, à l'Infantry Officer Basic Course à Fort Benning aux États-Unis et au cours des capitaines à Thiès au Sénégal.
Au cours de sa carrière, il a exercé des fonctions de commandement, d'instruction et d'état-major. Il a servi au sein de la Force d'intervention rapide para-commando, dirigé l'École nationale des sous-officiers d'active, puis commandé la 2e Région militaire de Daloa et la 1re Région militaire d'Abidjan.
Nommé chef d'état-major de l'Armée de terre en 2019, il dirige ce corps jusqu'en janvier 2024 avant de devenir chef d'état-major général adjoint des Armées, poste stratégique où il secondait la conduite des opérations militaires sur tout le territoire. Il présidait également depuis plusieurs années le comité d'organisation du défilé militaire de la fête nationale du 7 août. Ce qu'il a apporté : Rigueur, professionnalisme et doctrine. Dans une armée en pleine reconstruction après les crises de 2002 et 2011, Dem Aly Justin a été l'artisan de la normalisation et de la professionnalisation de l'Armée de terre. Il était respecté pour son sens du commandement et son exigence. Il présidait aussi la section basket-ball de la Société Omnisports de l'Armée, montrant son attachement à la cohésion morale des troupes.

Colonel-major Fofié Kouakou Martin (1968-2026) : De la rébellion au commandement territorial

Né en 1968 à Bondoukou, Martin Fofié Kouakou incarne le pan le plus complexe de l'histoire militaire récente.
D'abord sous-officier dans les forces gouvernementales, il participe au coup d'État de 1999. Lors de la crise politico-militaire de 2002, il rejoint les Forces Nouvelles et devient l'un des douze com'zones emblématiques, prenant le commandement de la zone 10, Korhogo.
En juin 2004, il est au cœur des affrontements meurtriers de Korhogo. Son parcours au sein des Forces nouvelles est marqué par son inscription en 2006 sur la liste des personnes sanctionnées par le Conseil de sécurité des Nations unies.
Après la crise de 2010-2011, il est intégré aux Forces Républicaines. Nommé chef de la Compagnie territoriale de Korhogo en 2011, il poursuit son ascension : maintenu commandant en second de la 2e Région militaire de Daloa, puis promu colonel-major en 2021 parmi 32 officiers, avant de prendre la tête de la 2e Région militaire basée à Daloa.
Ce qu'il a apporté : Symbole de la politique de réconciliation et d'intégration menée par le Président Alassane Ouattara, Fofié Kouakou Martin a réussi la transition de chef de guerre à officier supérieur républicain, chargé de sécuriser le Centre-Ouest, zone sensible du pays. Son maintien à Daloa pendant plus d'une décennie lui a conféré une connaissance fine du terrain et des communautés.

Colonel Karim Traoré : L'enquêteur de terrain

Chef de la Section de Recherches de la Gendarmerie de Daloa, le colonel Karim Traoré est décédé le 6 août des suites d'un malaise lors d'une activité sportive.
Moins médiatisé que les deux autres, il occupait pourtant un poste névralgique dans l'appareil sécuritaire. La Section de Recherches est l'unité d'élite de la gendarmerie chargée des enquêtes judiciaires les plus sensibles : grand banditisme, coupeurs de route, trafics d'armes. Ces derniers mois, ses hommes avaient multiplié les coups de filet contre les présumés bandits armés dans le Haut-Sassandra.
Ce qu'il a apporté : La sécurité du quotidien. Dans la région de Daloa, carrefour agricole et axe routier stratégique, son travail était essentiel à la lutte contre l'insécurité rurale et à la protection des populations et des opérateurs économiques.

Que perd la Côte d'Ivoire?

Au-delà des hommes, c'est une mémoire institutionnelle et un pilier de la stabilité qui s'en vont . Une perte opérationnelle majeure : Avec la disparition du CEMGA adjoint, l'armée perd son architecte opérationnel à quelques mois de défis sécuritaires majeurs aux frontières Nord. Avec deux commandants de Daloa, elle perd simultanément son commandement territorial et son bras judiciaire dans l'une des régions les plus stratégiques du pays. Une perte symbolique : Ces trois décès successifs brisent la chaîne de commandement qui avait assuré la reconstruction post-crise. Dem Aly Justin représentait l'armée républicaine formée et disciplinée, Fofié Kouakou représentait l'armée réconciliée et intégrée. 3. Un défi humain : Comme le souligne le ministère de la Défense, c'est toute la famille des FACI qui est en deuil. Ces disparitions rapprochées rappellent la fragilité humaine derrière l'uniforme et posent la question urgente du suivi médical des cadres supérieurs soumis à une pression opérationnelle constante.
La Nation s'apprête à leur rendre un dernier hommage. Pour l'armée ivoirienne, le devoir désormais est de transformer ce deuil en sursaut, en poursuivant l'œuvre de professionnalisation que ces trois officiers, chacun à leur manière, ont contribué à bâtir.
Hosanna JP de Chantal