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Dimanche, 30 août

BONDOUKOU / DEVELOPPEMENT DURABLE - L'agriculture, la véritable mine d'or du Gontougo

Publié le 29 août 2026 à 20:10
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Serges Gla Kouassi, Président du Cercle d'Actions des Leaders Actifs de Bondoukou (CALAB)
Serges Gla Kouassi, Président du Cercle d'Actions des Leaders Actifs de Bondoukou (CALAB)

Le grenier de la Côte d'Ivoire ne tire pas sa richesse du manganèse de son sous-sol, mais de la fertilité de sa terre. Rencontre avec Serges Gla Kouassi, Président du Cercle d'Actions des Leaders Actifs de Bondoukou (CALAB), qui fait de l'autonomisation par la terre son cheval de bataille.
Bondoukou, chef-lieu du Gontougo, ne vole pas son surnom de grenier de la Côte d'Ivoire. Avec 2,24 millions de tonnes de vivriers produits, dont plus de 60% de l'igname nationale, la région s'impose comme le poumon nourricier du pays. Une manne que Serges Gla Kouassi, Président du CALAB, résume en une formule choc : "L'agriculture est une mine d'or pour les populations du Gontougo, et pour toute la Côte d'Ivoire".
Pour le leader associatif, cette mine d'or a trois vertus cardinales : elle rend autonome, elle crée de l'emploi et elle génère une richesse durable. Une vision qu'il déploie à travers le Cercle d'Actions des Leaders Actifs de Bondoukou, présent dans les 29 sous-préfectures de la région sur plus de 2 000 hectares exploités.

Une mine qui rend digne

Au Gontougo, on ne fait plus de l'agriculture de subsistance. On fait de l'agriculture d'autonomisation. Et les premières bénéficiaires sont les femmes.
À travers son programme phare "Village Maraîcher", qui couvre à lui seul 1 033 hectares, le CALAB a scellé un partenariat stratégique avec l'IFEF de Tanda, l'Institution de Formation et d'Éducation Féminine. Sur le terrain, le modèle est simple et efficace : semences améliorées, parcelles de gombo, tomate, piment et oignon, et formation technique. "Les femmes ne demandent plus d'argent, elles vendent elles-mêmes au marché", se réjouit Serges Gla Kouassi. Une révolution silencieuse qui redonne pouvoir économique et dignité.
Même logique pour les jeunes et les hommes. Grâce à un appui de 18 tonnes d'intrants agricoles du Ministre d'Etat Kobenan Kouassi Adjoumani, le CALAB a pu emblaver 300 hectares de soja, 30 hectares de maïs et 15 hectares de maraîchers. "Chaque jeune qui a sa parcelle devient chef d'entreprise agricole", insiste le Président.
Mais cette autonomie reste fragile. Son talon d'Achille : l'eau. "Sans eau, tout le travail risque d'être perdu", alerte-t-il. Le CALAB a ainsi plaidé pour 86 forages, à raison d'un forage par parcelle, un combat vital pour sécuriser les récoltes.

Une mine qui embauche massivement

Premier employeur de la région, l'agriculture du Gontougo est en train de muer. La daba laisse progressivement place à la machine et à la technologie. Le virage a été amorcé en juin 2026. Le Comité de Coopération de Fraize (France), conduit par M. Claude Jacquot et Mme Michalovitch Françoise Simone, a doté le CALAB de matériels d'une valeur de 20 millions de FCFA : motoculteurs, semoirs, tracteur de 22 chevaux, motopompes.
Plus spectaculaire encore, en décembre 2025 à Amanvi, une douzaine de jeunes du CALAB ont été formés au pilotage de drones agricoles T-50, capables de pulvériser et de cartographier un hectare en quelques minutes. Une formation rendue possible grâce au Ministère de l'Agriculture, du Développement Rural et des Productions Vivrières.
On ne parle plus seulement de cultivateurs, mais de nouveaux métiers : pilotes de drones, mécaniciens agricoles, gestionnaires de coopératives. "L'accès à l'eau et à la mécanisation, ce n'est pas qu'une question de productivité, c'est un levier pour créer des emplois qui retiennent nos jeunes ici, pour qu'ils n'aient plus besoin de fuir à Abidjan", explique Serges Gla Kouassi.

Une richesse qui reste au village

Cette mine d'or est durable parce qu'elle irrigue toute l'économie locale.
D'abord, la richesse familiale : l'anacarde et l'igname, vendus sur les marchés nationaux, font vivre directement les ménages.
Ensuite, la richesse collective. Le CALAB a récemment distribué 110 sacs de semences améliorées à 30 villages de Tanda, pour une valeur de 3,5 millions de FCFA, permettant de couvrir plus de 100 hectares. L'objectif est clair : faire baisser le prix des denrées sur les marchés locaux et renforcer la sécurité alimentaire.
Enfin, la richesse régionale. La vision portée par le CALAB dépasse la production brute. Il s'agit de transformer sur place. C'est cette ambition qui positionne le Gontougo comme site du futur Agropole Nord-Est, un investissement colossal de 283 milliards de FCFA qui attire déjà partenaires techniques et financiers.
Au terme de l'entretien, Serges Gla Kouassi lève un coin de voile sur les défis qui attendent : "Le défi reste immense. Il nous faut ces 86 forages, plus de tracteurs, plus de formation".
Si cet effort se poursuit, le Gontougo ne sera plus seulement le grenier de la Côte d'Ivoire. Il deviendra, selon le mot du Président du CALAB, le modèle même d'un développement autonome, durable et décomplexé, parti de la terre pour nourrir l'avenir.

Hosanna JP de Chantal