Alors que Yaya Fofana revendique la présidence du Mouvement des Forces d'Avenir (MFA), Ouattara Siaka, signataire de l'acte fondateur du parti unifié RHDP, affirme que le MFA "s'est fondu entièrement et volontairement dans le RHDP". Entre bicéphalisme et vide juridique, le parti au pouvoir garde un silence assourdissant._
Abidjan, 11 septembre 2026- C'est l'un des plus vieux serpent de mer de la coalition houphouëtiste. Le MFA, parti fondé par Innocent Anaky Kobena et membre fondateur du RHDP le 18 mai 2005 à Paris, vit depuis 2021 avec deux têtes. D'un côté, Ouattara Siaka. Élu président le 25 mars 2018, député, ancien secrétaire d'État, détenteur du récépissé du ministère de l'intérieur après le Congrès ténu à bondoukou, c'est lui qui a signé l'acte de création du parti unifié RHDP le 16 juillet 2018 et qui a conduit le MFA dans le moule du RHDP. Sa position est claire : "Depuis le congrès constitutif du 26 janvier 2019, le MFA dans toutes ses composantes a été d'accord pour adhérer librement au parti des houphouëtistes. Nous ne raisonnons plus en termes de MFA. Nous sommes dans le moule du RHDP. Le MFA s'est fondu entièrement et volontairement dans le RHDP."
De l'autre, Yaya Fofana. Vice-président et porte-parole devenu président par intérim selon ses partisans, il conteste cette dissolution. Son argument est juridique : "Le MFA demeure un parti légalement constitué, reconnu par les autorités compétentes. Aucune décision de justice ni acte administratif n'a acté sa dissolution. Un parti se crée au cours d'un congrès ordinaire et ne peut être dissous que par un congrès extraordinaire. A ce jour, aucun congrès de dissolution n'a eu lieu."
Résultat : en 2022, les cadres du MFA signaient un démenti : "Yaya Fofana n'est pas le président intérimaire de notre parti". En 2025, c'est Yaya Fofana qui suspendait Siaka Ouattara pour "tripatouillage des textes et mauvaise gestion". Et en 2026, à Bondoukou, fief de Siaka Ouattara, ce dernier vient de perdre son secrétariat départemental RHDP au profit de Kouman Ouattara Abou, au moment même où Yaya Fofana consolide sa mainmise sur le MFA.
Pourquoi le silence du RHDP ?
La question est au cœur du malaise. Le RHDP, devenu parti unifié, a tout intérêt à entretenir le flou pour trois raisons :
1. Éviter d'ouvrir la boîte de Pandore. Reconnaître officiellement qu'un de ses partis fondateurs n'a jamais été légalement dissous par un congrès extraordinaire, c'est admettre que la fusion de 2018 a été politique mais pas toujours juridiquement parfaite. Ce qui pourrait donner des idées à d'autres sensibilités.
2. Gérer deux clientèles. Yaya Fofana mobilise une base jeune et frondeuse qui réclame "un processus ouvert, conforme aux textes du RHDP et à notre Constitution" pour la désignation du candidat. Ouattara Siaka incarne l'aile historique et institutionnelle. Trancher, c'est perdre une partie.
3. La stratégie de l'absorption. Pour la direction du RHDP, le débat est clos : il n'y a plus de MFA, il n'y a que le RHDP. Répondre à Yaya Fofana en tant que "président du MFA", ce serait reconnaître l'existence autonome du MFA au sein du RHDP. D'où la consigne : ne pas commenter.
Reste une réalité : tant que le Ministère de l'Intérieur n'aura pas acté la radiation du MFA de la liste des partis politiques, et tant qu'aucun congrès de dissolution n'aura été tenu conformément à l'article 25 de la Constitution, Yaya Fofana pourra continuer à se prévaloir de la légalité de son parti, et Ouattara Siaka de sa légitimité historique au sein du RHDP.
Au final, le bicéphalisme du MFA est le miroir grossissant d'un problème plus large du RHDP : comment gérer l'héritage de cinq partis fondateurs dans un parti unifié qui veut n'en faire qu'un seul ?
Hosanna JP de Chantal