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Dimanche, 27 septembre

SOKOUADOU - LE PALANQUIN DE LA DISCORDANCE : Quand l'igname révèle le trône vacant des Bron

Publié le 26 septembre 2026 à 18:42
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Sa Majesté Appia 1, prétendant au trône du royaume Bron
Sa Majesté Appia 1, prétendant au trône du royaume Bron

TANDA - Il a fallu braver la piste. La vraie. Celle qui part de Guiendé, s'enfonce à Teko et s'achève, dans un nuage de latérite, à Sokouadou. Une piste qui vous fait douter du pays : « C'est aussi ça, la Côte d'Ivoire ? » On prie alors pour que la pluie ne tombe pas, sinon il faudra porter la moto, et non l'inverse.
Et puis, après l'épreuve, le village. Sokouadou, sous-préfecture de Tanda. Depuis 27 ans, ce petit village Zanzan est devenu une curiosité. Une anomalie qui fascine. Car ici réside un homme, une destinée : Sa Majesté Nanan Appia 1, prétendant au trône du Royaume Bron.
Ce vendredi 25 septembre 2026, Sokouadou ne parlait pas de piste. Il célébrait l'igname. La fête de l'igname. Le nouvel an Bron. Et pour donner un cachet royal à l'événement, un invité de marque avait fait le déplacement depuis l'Agneby-Tiassa : Sa Majesté Abekon Raphaël, Chef de village d'Azaguié. Sa présence, solennelle, a scellé l'alliance entre deux terres, deux cultures.

Les senteurs du pardon et le tonnerre du Bento

À l'entrée du village, l'air change. Ce ne sont plus les odeurs de brousse, mais un parfum enivrant de mets variés qui vous prend à la gorge et vous invite. Dans chaque cuisine, les femmes s'affairent. Le plat roi du jour : la sauce arachide au poulet, fumante, qui se dispute la vedette avec l'igname elle-même.
Mais dans la cour de Nanan Appia 1, l'ambiance est autre. Sacrée. On y prépare les mets qui serviront à l'adoration des reliques ancestrales du royaume. Le Bento, le tam-tam sacré, ne cesse de tonner. Grave, profond, impérieux. Il rythme les premiers sacrifices d'animaux. Le rituel doit s'accomplir avant que le monarque ne prenne place dans son palanquin.
Quand retentit le dernier appel du tambour, Sokouadou s'ébranle. Comme un essaim, le peuple Agni-Bron se masse devant la demeure royale. "Nanan Obas oh ! Nanan arrive !" Le voilà. Drapé, puissant, Nanan Appia 1 apparaît, porté très haut sur son palanquin par des jeunes gens qui se relaient à tour de rôle. La foule exulte. « Nanan Obas oh ! Nanan arrive ! » crie-t-on à gorge déployée. Le cortège fait le tour du village, dans une marée de joie, de chants et de pas de danse.
À des endroits stratégiques, les porteurs s'arrêtent. Le Roi se lève alors, debout sur son palanquin. Il fait des gestes. Des signes de bravoure et de légitimité. « Ce sont les gestes qui prouvent qu'il est Roi », souffle un ancien, les yeux humides.
Son arrivée sur la place publique est hystérique. Une foule compacte l'attendait depuis des heures. Après un tour d'honneur, le silence se fait. C'est l'heure des échanges de nouvelles et du message royal. Dans son adresse, Nanan Appia 1 rappelle que la fête de l'igname n'est pas folklore, elle est calendrier, elle est renaissance, elle est le socle du peuple Bron.
L'illustre hôte, Sa Majesté Abekon Raphaël, visiblement ému, n'a pas caché son admiration : « Ce que je viens de vivre ici au pays Bron est d'une authenticité rare. C'est l'Afrique qui se parle à elle-même. »

L'ombre d'un trône vacant

Pendant que les invités dégustent avec appétit l'igname nouvelle, arrosée de vin blanc et de boissons traditionnelles, se joue, loin des regards profanes, le moment le plus solennel : l'adoration des trônes et des reliques ancestrales du royaume. Un rituel réservé aux seuls initiés, dans le secret de la case sacrée.
Et c'est là que la fête rejoint l'histoire. Une histoire qui fâche. Depuis la mort du dernier monarque, Nanan Koffi Yeboua, le trône sacré des Bron reste vacant. Plus de 20 ans de vacance. Pourquoi ?
Parce qu'au sein du clan Yakassé, trois familles se disputent la succession.
Il y a Nanan Appia 1, qui, selon la tradition, détient tous les attributs du royaume Bron.
Il y a Adingra Kouassi Adjoumani, reconnu par l'administration publique, mais qui ne possède pas les attributs royaux.
Et il y a un troisième prétendant, Ababio.
Qui est le véritable destinataire du trône sacré des Brong ? La question a plané sur toute la fête, comme une complainte sourde derrière le fracas du Bento.
À Sokouadou, l'igname a été célébrée. Le Roi a été porté. Le peuple a communié. Mais le royaume Bron, lui, attend toujours son Roi. Nous y reviendrons.

Hosanna JP de Chantal