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Mardi, 29 septembre

Fête de l'igname à Djadoubango : Le Domaine Bini appelle à préserver le couple « Nature-Culture »

Publié le 28 septembre 2026 à 14:15
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Autorités administratives et  traditionnelles , a Djadoubango, célèbrent l'igname.
Autorités administratives et traditionnelles , a Djadoubango, célèbrent l'igname.

De Sokouadou, nous avons quitté l’asphalte pour goûter au bitume neuf de Guiendé à Tanda avant de retrouver le calvaire. L’axe Tanda-Sandégué, en passant par Tangamourou, est une épreuve. Tangamourou, c’est le village du jeune attaquant prodige Simon Adingra, la coqueluche des Éléphants de Côte d’Ivoire qui fait la fierté du Gontougo.
Les six kilomètres Tanda-Tangamourou ne sont pas un parcours facile. Il faut avoir de bons pneus et de bons freins, sinon on se laisse emporter par la boue ou par le granite aux dents de scie. Ouf, enfin on arrive à Tangamourou, puis direction Djadoubango où la route devient un peu plus praticable. On le comprendra à l’arrivée : ici, la cohésion et l’union des fils à travers une mutuelle forte font des miracles.
Djadoubango, 28 septembre 2026 – Situé à environ 15 km de Tanda, dans la sous-préfecture de Tiédio, le village de Djadoubango a vibré au rythme de la traditionnelle fête de l’igname. Une édition particulière, couplée à la célébration des 10 ans d’existence de la Fondation Domaine Bini. Une fête placée sous le signe de la ferveur culturelle, des retrouvailles et d’un message fort : la préservation du couple « Nature-Culture » comme levier de développement durable.

« Nous sommes riches parce que notre culture est en parallèle avec l’écologie »

C’est l’appel lancé vendredi 25 septembre par le président-fondateur de la Fondation Domaine Bini, Nanan Bini Jean-Marie. Devant les autorités administratives, coutumières et une foule nombreuse, il a invité les peuples ivoiriens à reconsidérer leurs richesses.
« Nous sommes riches, forts et intelligents parce qu’en parallèle avec tous les concepts écologiques », a-t-il déclaré. « Le système nous pousse à croire que tout ce qu’on a comme richesse est signe de pauvreté. Or notre culture est synonyme de richesse. Elle est en parallèle avec tous les concepts d’écologie, d’écotourisme, de bio, de santé. »
Pour Nanan Bini Jean-Marie, fils de Djadoubango, le choix du village n’est pas anodin pour ce jubilé. « On ne montre pas son village avec la main gauche. On ne voulait pas évoluer de façon tonitruante à travers la Côte d’Ivoire pendant que notre village s’éloignait de nous. Pour nos dix ans, on a décidé de venir accompagner la fête de l’igname et dire merci à nos parents qui nous ont initiés à l’amour de la nature et de la culture. »
Le Domaine Bini, qui se définit comme le « frère de l’écotourisme », œuvre, explique-t-il, à la promotion d’un tourisme fondé sur les us et coutumes, établissant une passerelle entre préservation de la nature et valorisation du patrimoine culturel. Présent « tous les 2 heures de route » en Côte d’Ivoire – de Tabou à Korhogo, de Man à Abidjan où il compte quatre sites – le domaine veut désormais ouvrir la fête de l’igname de Djadoubango au monde. « Cette année, nous avons voulu rester purement traditionnels. Vous avez vu, on n’a pas mis de bâche. L’année prochaine, ce sera encore plus en profondeur dans la tradition. Après que le chef de Guiende ait mangé l’igname, nous avons 40 jours pour planifier et permettre à tous d’être là », a-t-il précisé.

Un moment spirituel de purification et de cohésion

La cérémonie a enregistré la présence de Mme Amoa Brou Rachel, épouse Nyangoran, secrétaire générale de la préfecture de Tanda, représentant le préfet Coulibaly Yaya, des directeurs régionaux de la Culture et de l’Environnement de Bondoukou, du président-fondateur de l’Adayé Kessiè, M. Bini Daouda Ouattara, du chef du village, Nanan Dagbolo Kouakou Mandja Frédéric, ainsi que de nombreux cadres et populations. Au nom du préfet, Mme Amoa Brou Rachel a salué l’engagement du village : « La fête de l’igname n’est pas qu’une fête. C’est un moment de réjouissance, mais surtout une période spirituelle, une période où les uns et les autres se réconcilient, où nous reconnaissons notre culture africaine, symbole d’union, de fraternité et surtout d’humilité. Il ne faut pas que la fête de l’igname reste juste une fête, mais qu’elle soit perpétuée à toutes les générations. Que les jeunes intègrent ces valeurs culturelles dans leurs comportements. » Dans la tradition Bron, la fête de l’igname est en effet un moment de purification, d’action de grâce et de célébration du nouvel an traditionnel. Les festivités ont débuté mercredi 23 septembre avec le « Kroudapakouoh », rituel consacré à l’assainissement et à la préservation d’un environnement salubre. Elles se sont poursuivies jeudi 24 avec le « Koua-Yawôh », marqué par le don de bois au chef et les danses au clair de lune.
Le rituel principal, vendredi, a été marqué par le départ du chef au marigot, son allocution, la dégustation symbolique de la nouvelle igname et la bénédiction de la nouvelle année pour implorer l’abondance, la santé et la paix. Le chef, porté par la foule lors de ces festivités, a incarné cette communion. La journée a été agrémentée de danses traditionnelles « Sessego », « Sida » et « Ofri-Titi », du patrimoine Bron et Koulango.

Djadoubango, la cité de la concorde

Pour le capitaine forestier Adayé Kouamé Adingra, fils de la région et originaire maternellement de Djadoubango, président de la mutuelle du village, le secret de cette réussite est la concorde. « Djadoubango, c’est le village où on s’accorde toujours. On ne parle pas beaucoup. Quand il lève le doigt, on se comprend. C’est pourquoi vous voyez, on l’appelle la cité de la concorde », confie-t-il. « On n’a pas de grands cadres, mais personne n’est diminué. On se complète. Une solidarité qui se traduit par des actions concrètes. Face au déficit de tables-bancs, la mutuelle a offert sur fonds propres 200 tables-bancs à l’école. Le village, qui compte environ 1500 habitants, s’est aussi mobilisé après une calamité en 2023 pour obtenir un centre de santé. Bâtiment achevé, forage fonctionnel, eau dans les familles : le centre tourne grâce à l’ingéniosité locale, avec un logement réhabilité pour l’infirmier et un local cédé pour la sage-femme.
Les perspectives sont tournées vers la structuration des paysans avec des retenues d’eau pour le maraîchage et la valorisation d’un atout majeur : une forêt sacrée de plus de 20 hectares, véritable réservoir de biodiversité protégé par les anciens.
Au moment où nous quittions Djadoubango, dans le secret, les quatre grandes familles – Gondho Beni, Fieny Beni, Deko Beni et Djapekrom – chacune chargée de son histoire, adoraient leurs mânes dans la pure tradition, loin des regards profanes. Preuve que ici, le couple Nature-Culture n’est pas un slogan, mais une vie.

Hosanna JP de Chantal