Traitement ...
OK
NON
ANNULER
Jeudi, 01 octobre

Adou Koffi Théodore : De candidat malheureux à pépite du développement durable dans le Zanzan

Publié le 30 septembre 2026 à 20:46
Lu 58 fois
Adou Koffi Théodore vient d'être sacré Meilleur Acteur de Développement Durable de la circonscription 074
Adou Koffi Théodore vient d'être sacré Meilleur Acteur de Développement Durable de la circonscription 074

Battus aux législatives 2025 dans la circonscription 074, il aurait pu disparaître. Il a choisi de rester. PDG de l'entreprise Grâce Elohiim, fils de Laoudi-Bâ né à Bondoukou, Adou Koffi Théodore vient d'être sacré Meilleur Acteur de Développement Durable de la circonscription 074. Entre foi, ciment et engagement de terrain, il se raconte sans langue de bois.

M. Adou Koffi Théodore, merci de nous recevoir. Pour ceux qui ne vous connaissent qu'à travers l'affiche électorale, qui êtes-vous en quelques mots ?

Je suis Adou Koffi Théodore, fils et cadre de la sous-préfecture de Laoudi-Bâ, précisément de Yerekaye-Walogo. Je suis le candidat malheureux des élections législatives de 2025 dans la circonscription 074. Je suis également chef d'entreprise, responsable de la distribution du ciment CIMAF dans la zone.

Vous êtes PDG de Grâce Elohiim. Que fait concrètement votre entreprise et pourquoi ce nom ?

Nous sommes dans la distribution du ciment CIMAF. L'entreprise se nomme Grâce Elohim, ce qui veut dire la Grâce de Dieu. Parce que nous avons tellement souffert, livrés à nous-mêmes. La seule personne qui nous a soutenus pour être là où nous sommes aujourd'hui, c'est Dieu. Le Dieu qui élève de la poussière à la gloire.

On vous présente comme un enfant de la circonscription 074. Quel est votre lien personnel avec Bondoukou, Bondo, Laoudi-Bâ, Taoudi, Sapli-Sépingo et Yézimala ?

Je suis un enfant de la circonscription 074. Mon lien avec Bondoukou, c'est que du temps où il n'y avait pas de maternité dans nos sous-préfectures, ma mère a dû accoucher à Bondoukou. Je suis donc né à Bondoukou. Mais comme tout bon fils, il ne faut pas oublier d'où l'on vient. Quand Dieu te bénit, il faut te retourner sur les pas de tes ancêtres et partager le peu que tu as. Notre circonscription regroupe cinq sous-préfectures : Laoudi-Bâ, Taoudi, Sapli-Sépingo, Bondo et Yézimala. C'est ma famille.

Vous étiez candidat aux dernières élections législatives dans la circonscription 074. Quelles étaient vos motivations profondes pour vous lancer ?

J'ai vu le manque de leaders engagés dans notre zone, une zone abandonnée à elle-même. Nous avons pris le bâton de pèlerin pour apporter le peu que nous pouvons. Ma candidature a été suscitée par la jeunesse, par les femmes, par la population elle-même de la circonscription 074.

Vous n'avez pas été élu. Avec le recul, comment avez-vous vécu cet échec le soir des résultats ?

Comme tout être humain, j'ai été déçu. Déçu parce que pour moi, ma victoire allait apporter un grand plus. Nous avons fourni tant d'efforts, parcouru près de 77 villages, et le soir, on reprend tout à zéro. Vraiment, cela m'a beaucoup déçu.

Selon vous, qu'est-ce qui vous a manqué ? Est-ce un problème de programme, de moyens, ou de système ?

Ce ne sont pas les moyens, non plus un problème de programme. C'est l'expérience qui nous a manqué. Comme tout bon croyant, je me suis dit : Dieu dit que cette année, ce n'est pas notre année. Mais avec le travail et la foi, les autres années seront les bonnes pour nous.

Beaucoup d'hommes politiques disparaissent après une défaite. Vous, vous êtes resté. Pourquoi ce choix de ne pas abandonner le terrain ?

Nous ne sommes pas venus dans notre circonscription pour nous remplir les poches, pour nous servir nous-mêmes. Nous sommes venus apporter une réponse à une population qui manque d'un leader proche, qui manque d'un leader pour recueillir ses préoccupations et partager ses soucis. Reculer, c'est abandonner nos parents dans la souffrance. Nous sommes venus pour un but précis : apporter la joie.

Quelle est la plus grande leçon que cette campagne malheureuse vous a apprise sur la population du Zanzan ?

La plus grande leçon, c'est que la population du Zanzan ne regarde pas un programme. Elle ne regarde pas le futur, elle regarde le présent. Les cadeaux du présent, les biais du présent ont amené notre région à être en retard, car quel que soit ton programme, la population aime choisir la facilité. Voilà pourquoi notre région est restée en retard.

Comment passe-t-on de candidat malheureux à acteur de développement durable ? Est-ce une reconversion ou la suite logique de votre projet ?

C'est la suite logique de notre projet. Au départ, nous ne sommes pas venus dans la circonscription 074 pour être candidats. Nous sommes venus apporter notre savoir-faire, répondre aux besoins. Ce sont nos actions, notre rapprochement, qui ont poussé la population à nous demander d'être leur porte-parole. Après l'échec, nous avons simplement continué notre projet initial : être proches de notre population.

Par vos actions à travers Grâce Elohiim, qu'avez-vous fait concrètement à Bondoukou et dans les sous-préfectures depuis les élections ?

Nous avons achevé le centre de santé de Laoudi-Bâ. Nous avons apporté des machines aux groupements de femmes, organisé des jeunes et des femmes en coopératives en leur apportant du ciment et des moyens pour faire reculer la pauvreté. Nous avons organisé des tournois de cohésion sociale. Nous sommes en train de construire le palais de la chefferie de Laoudi-Bâ. Nous avons apporté des tables-bancs dans certains villages, des kits scolaires pour les démunis, des appuis aux cantines. Même pour les routes impraticables, avec nos maigres moyens, nous avons apporté quelques machines.

Pouvez-vous nous citer 2 ou 3 projets phares que vous avez réalisés sans être député, là où on attendait un élu ?

Tout le monde le sait : un centre de santé, combien ça coûte ? Un forage, combien ça coûte ? Le chef-lieu de sous-préfecture de Laoudi-Bâ n'avait pas d'eau potable. Nous avons apporté un forage tout équipé au centre de santé de Laoudi-Bâ. Nous avons apporté des kits médicaux aux centres de santé de Laoudi-Bâ, de Téfrodouo et tout dernièrement, des imprimantes et des kits médicaux au centre de santé de Yézimala. Quand Dieu te donne, il faut partager.

Le développement durable, c'est un concept qui paraît lointain pour un cultivateur de Taoudi ou un jeune de Sapli-Sépingo. Comment vous le traduisez sur le terrain ?

Le développement durable, pour nous, ce n'est pas un discours. C'est un forage qui donne de l'eau, c'est une table-banc pour que l'enfant n'écrive plus par terre, c'est une coopérative de femmes qui tourne. C'est traduire la théorie en un acte concret qui reste.

Vous venez de recevoir le Prix du Meilleur Acteur de Développement Durable de la circonscription 074. Qu'avez-vous ressenti ?

J'ai ressenti un soulagement. Après mon échec aux législatives, je me suis dit enfin, nos efforts sont reconnus. Nos semences dans l'homme se sont révélées au grand jour. C'est un sentiment de joie et je ne fais que rendre gloire à Dieu. Je profite de votre micro pour dire merci à la jeunesse, à toute l'équipe qui m'accompagne dans l'ombre, et je dédie ce prix à notre Seigneur Jésus-Christ.

Que représente ce prix pour vous ? Une revanche sur les urnes ?

Non, ce n'est pas une revanche sur les urnes. Ce prix représente la réponse à un travail ardent, la reconnaissance de nos autorités. La seule revanche sur les urnes, c'est de travailler encore plus là où il y a le manque. Au moment opportun, les urnes parleront en notre faveur.

Qui sont les personnes qui vous ont soutenu pour obtenir ce prix ? Vous attendiez-vous à être primé ?

En toute honnêteté, je n'attendais rien des hommes, ma récompense viendra de Dieu. Mais Dieu ne descend pas lui-même, il passe par des êtres humains. Il a choisi des personnes sincères et honnêtes pour nous attribuer ce prix. C'est un prix mérité. Je le dois à mon épouse qui me soutient dans l'ombre, à mes enfants, à nos chefs coutumiers et à toute la population de la 074.

Ce prix couvre 5 localités très différentes. Comment faites-vous pour répondre aux besoins spécifiques de Bondoukou ville et en même temps de villages plus enclavés comme Yézimala ou Laoudi-Bâ ?

Pour couvrir les cinq sous-préfectures, nous avons mis en place un système, un programme. Notre échec aux législatives nous a démontré que nous sommes encore nouveaux, qu'il y a des failles à corriger. Nous cherchons à progresser et à écouter chaque localité selon sa réalité.

Certains diront : "C'est un prix local pour se consoler". Que leur répondez-vous ?

Je leur dis qu'il faut être inscrit au CP1 avant d'atteindre le CP2. Même au football, il faut d'abord jouer dans le quartier avant d'être révélé dans le championnat local, puis devenir professionnel et jouer en Europe. Dans le parcours d'un homme, il faut commencer petit. Ce prix vient nous révéler aux yeux de nos autorités et du monde. Dans le Zanzan, dans le Gontougo, précisément dans la circonscription 074, il y a une pépite.

Aujourd'hui, qu'est-ce qui pèse le plus : le titre de PDG ou celui de lauréat du développement durable ?

Pour moi, ce n'est ni le titre de PDG, ni celui de lauréat. C'est l'humilité. Les prix ne servent à rien et les titres ne servent à rien sans le travail. Avoir un titre au plus haut sommet et ne rien faire ne veut rien dire. C'est le travail qui prime.

Quel est votre plus grand chantier inachevé dans la circonscription 074 ?

Notre chantier est vaste, mais nous avons choisi deux priorités pour 2027 : l'éducation et la santé. Il y a des localités où les villageois sont livrés à eux-mêmes. Il y a un centre de santé mais pas de médicaments. Il y a des écoles où les élèves sont assis par terre, où les salles sont inondées quand il pleut. L'avenir de notre circonscription repose sur l'école. Et on ne peut pas aller à l'école si on est malade. Ce sont deux pieds qui marchent ensemble. À côté, nous allons continuer d'organiser nos jeunes et nos femmes.

La question que tout le monde se pose : Est-ce que ce prix est un tremplin pour un retour en politique ? Serez-vous candidat aux prochaines législatives ?

Comme je l'ai dit, nous ne sommes pas politiciens, nous sommes des acteurs de développement. Ce sont les parents qui nous ont demandé d'être candidats. Pour moi, la vraie politique, c'est d'être à l'écoute de la population, à l'écoute des cris du cœur de la jeunesse. Si c'est ça qu'on appelle la politique, je dirais oui. Sinon, la politique ne me dit pas grand-chose. Mais apporter une réponse à la misère de nos parents, si c'est ça la politique, je dirais oui.

Si vous aviez un message direct à adresser au député actuel de la circonscription 074, que lui diriez-vous ?

Je lance un appel à nos deux députés de la circonscription 074 : c'est main dans la main que notre circonscription sortira de la pauvreté. Nous ne sommes pas venus pour nous venger. Le destin les a choisis, ce sont eux les élus du moment. Je leur tends la main. Je reste disponible jour et nuit, s'ils ont besoin de moi pour apporter un plus. Après les élections, on met l'échec derrière et on se met au service de la population. Nous ne sommes pas des ennemis, nous avons juste des programmes différents.

Et enfin, quel message lancez-vous à cette jeunesse de Bondoukou, Bondo, Laoudi-Bâ, Taoudi, Sapli-Sépingo et Yézimala qui vous a vu perdre puis gagner autrement ?

Ne baissez pas les bras. Ne soyez pas découragés. Comptez sur nous. Quand le temps de Dieu sonnera, notre victoire sera votre victoire. L'État ne peut pas embaucher tout le monde, mais nous avons un programme pour que chacun soit autosuffisant. Abandonnez tout ce qui est négatif et qui peut nuire à votre avenir, mettez-vous au travail. Nous allons vous aider à vous organiser en coopératives.

Si vous deviez résumer votre parcours en une phrase : De l'élection au prix, qu'est-ce qui a changé en Adou Koffi Théodore ?

Je reste Adou Koffi, que vous connaissez. Un enfant qui a beaucoup appris. De l'élection au prix, ce qui a changé, c'est que j'ai compris que l'expérience est une école. Une étoile a vu le jour dans la circonscription 074. Dieu a décidé autrement dans les urnes, mais il nous a récompensés par ce prix de mérite. Et ce n'est que le début : nous allons nous battre pour être au sommet de la nation. Pourquoi pas le prix national demain ?

Hosanna JP de Chantal