Alors que le débat sur la réforme de la Commission électorale revient après la présidentielle de 2025, une partie de l'opinion est tentée par le boycott. Une posture_ _compréhensible, mais dangereuse.
L'idée revient comme une marée après chaque élection en Côte d'Ivoire. Il faut réformer la CEI. La rendre plus crédible, plus consensuelle, plus indépendante. Le gouvernement consulte, l'opposition propose, la société civile mémorandums sur mémorandums. Et pourtant, à écouter la rue, le scepticisme est total. À quoi bon ?
C'est le sens du cri de cœur qui nous est parvenu cette semaine : à quoi bon se fatiguer à vouloir influencer la création d'un nouvel organe électoral dans une société qui semble souffrir d'une pathologie devenue incurable ? Pour beaucoup, la messe est dite : on fera tout pour le bien de la population, on proposera des mécanismes pour un bon fonctionnement, mais on ne sera jamais écouté. Si la volonté d'écouter existait, elle se serait manifestée bien avant d'arriver à ce stade de défiance.
L'argument est brutal mais il a le mérite de l'honnêteté. Ceux qui profitent du système établi savent parfaitement ce qui est bien et ce qui est mauvais. Ils ont fait leur choix. Et ces consultations à répétition ne serviraient qu'à une chose : justifier après coup des actes déjà décidés, en apposant le tampon "consultatif" pour rendre crédible un nouvel organe qui fera le même travail, sinon pire, que l'ancien.
Faut-il alors jeter l'éponge et consacrer son énergie à autre chose de plus utile ? C'est tentant. Mais c'est là que le pessimisme devient un piège. Car en Côte d'Ivoire, l'histoire électorale récente nous enseigne deux choses. Premièrement, oui, les réformes n'ont jamais satisfait tout le monde. Deuxièmement, non, rien n'a jamais été totalement inutile. La CEI de 2025 n'était pas celle de 2010. La présence accrue de la société civile, les débats sur la présidence de la commission, le mode de désignation des membres locaux, tout cela est le fruit de participations même critiques.
Boycotter silencieusement, c'est offrir le plus beau des cadeaux à ceux que l'on critique : le champ libre et l'absence de trace écrite.
Le véritable enjeu n'est plus de savoir s'il faut participer ou non. Le véritable enjeu est de savoir COMMENT participer sans se faire instrumentaliser.
La Côte d'Ivoire n'a plus besoin d'une participation de façade, où l'on vient pour valider une décision déjà prise. Elle a besoin d'une participation de témoignage.
Participer, déposer ses propositions par écrit, exiger qu'elles soient annexées au rapport final, et si elles ne sont pas prises en compte, se retirer publiquement en expliquant clairement pourquoi. C'est cette trace, ce document, qui pèsera demain, devant les juridictions, devant la CEDEAO, et devant l'histoire.
Refaire la CEI sans refaire la confiance est voué à l'échec. Et la confiance ne se décrète pas dans un atelier à Cocody. Elle se construit quand chaque acteur sent que son avis, même minoritaire, a au moins été considéré.
Sinon, nous ne ferons que repeindre une maison fissurée, en attendant la prochaine saison des pluies.
Hosanna JP de Chantal