Le village de Bohi paralysé par l'émotion, le corps préfectoral et le Ministre d'État Adjoumani aux côtés d'une région en deuil.
BOHI (Appimadoum, Bondoukou) – Ce samedi 10 octobre 2026 restera gravé dans la mémoire du Gontougo. Sous un ciel lourd, le petit village de Bohi, niché dans la sous-préfecture d'Appimadoum, département de Bondoukou, a refusé du monde. Venus de partout, les forces vives de la région ont fait bloc pour dire l'ultime adieu à l'un des leurs : le Colonel-Major Martin Fofié Kouakou, arraché à l'affection des siens le 9 août dernier.
Deux mois après sa disparition, c'est toute une région qui s'est levée comme un seul homme pour accompagner son fils prodige à sa dernière demeure. Une marée humaine, silencieuse, digne, mais dont les visages trahissaient une douleur profonde, inconsolable.
L'Etat et le Gontougo unis dans le chagrin
C'est une image forte, symbole de l'unité du Gontougo dans l'épreuve. Aux premières loges, le corps préfectoral au grand complet, avec à sa tête le Préfet de région, Préfet du département de Bondoukou, Kouadio Gbongbo André, a tenu à être présent. L'administration, en tenue d'apparat, a voulu témoigner de la reconnaissance de la République à ce haut officier qui a servi la nation jusqu'à son dernier souffle.
A ses côtés, le poids politique de la région : le Ministre d'État, Conseiller spécial du Président Alassane Ouattara, Kobenan Kouassi Adjoumani. Fils de la région, l'homme n'a pas voulu manquer ce rendez-vous de la douleur. Au-delà des mots de compassion adressés à la famille éplorée, il a posé un acte de haute portée sociale en remettant une enveloppe de 3 millions de FCFA à la famille pour la soutenir dans cette douloureuse séparation.
La grande muette, elle aussi, a salué l'un des siens avec les honneurs dus à son rang. Le Général de division aérienne Alfred N'Guessan Koffi, Chef d'État-Major de l'Armée de l'Air (CEMAIR), représentant le Général de Corps d'Armée Lassina Doumbia, Chef d'État-Major Général des Armées, a conduit la délégation militaire. Une présence qui rappelle que le défunt était jusqu'à sa mort le Commandant de la 2ème Région Militaire de Daloa.
Quand Korhogo pleure avec Bohi : le jeu des alliances qui transcende la mort
Et puis, il y a eu ce moment qui a brisé tous les protocoles. Un frisson a parcouru l'assistance à l'arrivée d'une délégation de femmes venues de Korhogo, à plus de 300 kilomètres de là.
Ces commerçantes, la larme à l'œil, n'ont pas oublié. Elles n'ont pas oublié que cet officier de Bondoukou leur avait, de son propre chef, fait construire un marché pour leur permettre d'exercer dignement leur commerce. Leur présence à Bohi n'était pas une simple formalité. C'était la dette de la reconnaissance, la preuve vivante que l'homme avait dépassé son treillis.
C'est là tout le symbole de ce dernier voyage. Au-delà de la douleur brute d'une mère, d'une veuve, d'enfants orphelins, c'est le jeu des alliances ancestrales qui s'est joué à Bohi. Le Gontougo et le Poro, le Nord-Est et le Nord, unis dans le deuil. La mort de Martin Fofié Kouakou a réussi là où les discours échouent parfois : rassembler, réconcilier, rappeler que le sang et la solidarité sont plus forts que les frontières des régions.
De caporal dans les tumultes des années 90, acteur des crises de 1999 et 2002, jusqu'au grade prestigieux de Colonel-Major des Forces Armées de Côte d'Ivoire, Martin Fofié Kouakou aura eu un destin à l'image de son pays : complexe, tourmenté, mais résolument tourné vers le service.
À Bohi, sous la terre rouge de ses ancêtres, repose désormais le soldat. Mais dans le cœur du Gontougo, c'est le fils, le frère, le bienfaiteur que l'on pleure. Et cette douleur, elle, ne trouvera pas de tombe.
Hosanna JP de Chantal