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Mardi, 03 novembre

GONTOUGO : Adjoumani - Touré, la guerre froide qui paralyse le Zanzan

Publié le 03 novembre 2026 à 08:22
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Le Gontougo a besoin de son Éléphant et de son Médecin. Mais il a surtout besoin qu'ils se parlent.
Le Gontougo a besoin de son Éléphant et de son Médecin. Mais il a surtout besoin qu'ils se parlent.

Deux éléphants, un même territoire, deux ambitions qui se regardent en chiens de faïence. Dans le Gontougo, le duel feutré entre le Ministre d'État Kobenan Kouassi Adjoumani et le Sénateur Dr Touré Souleymane fragilise la cohésion et freine le développement.

BONDOUKOU - C'est l'histoire d'une cohabitation devenue rivalité. Dans la région du Gontougo, poumon du District du Zanzan, la vie politique se résume à un face-à-face entre deux dinosaures que tout oppose, sauf leur appartenance au RHDP.
D'un côté, Kobenan Kouassi Adjoumani, "L'Éléphant du Zanzan". Né à Amanvi, département de Tanda, professeur de Lettres Modernes devenu animal politique. Député depuis 1995, soit 31 ans de mandat ininterrompu, président du Conseil Régional, ministre depuis 2002, Ministre d'État de l'Agriculture de 2019 à 2026, et depuis le 26 janvier 2026, Ministre d'État, Conseiller Spécial à la Présidence de la République. Un poste occupé avant lui seulement par Jeannot Ahoussou-Kouadio et Patrick Achi. C'est le patron. Celui qui a fait basculer le Gontougo du PDCI au RHDP, avec 10 députés sur 12, 5 communes sur 7. Aujourd'hui président du conseil des sages et de la médiation du RHDP. Un charisme de tribun, une machine électorale qui a encore écrasé la concurrence à Tanda aux Législatives du 27 décembre 2025 avec 73,11%. Sous son leadership, le taux d'électrification est passé de 29,9% en 2011 à 90,2% en 2025.
De l'autre, le Dr Touré Souleymane, le stratège silencieux. Médecin de formation, originaire de Bondoukou, pur produit du RDR-RHDP des premières heures. Député, puis sénateur élu en 2018 avec 178 voix sur 192, il démissionne en 2021 pour devenir Ministre-Gouverneur du District Autonome du Zanzan, investi le 12 février 2022 au stade Ali Timité. Aujourd'hui Coordinateur Régional Principal Adjoint du RHDP et Vice-Président du Sénat. Son charisme est différent : celui de l'administrateur de terrain, de "l'œil du Président" dans le district. Il inspecte les chantiers à Nassian, apaise les communautés lors du Maoulid, incarne le rassemblement dans une région à plus de 12 ethnies.
Hier, deux trajectoires opposées. Adjoumani incarnait le PDCI-RDA, Touré le RDR. Exclu du PDCI en 2018 pour avoir rejoint le RHDP unifié, Adjoumani a retrouvé Touré dans la même maison. Mais la maison est divisée.

Deux carnets d'adresses, zéro soumission

Le mal du Gontougo est là : chacun a ses entrées au Palais, chacun a son réseau, et personne ne veut se soumettre à l'autre. Résultat : une guerre de clans qui se fait en sourdine mais dont les effets sont visibles.
Deux faits récents l'illustrent. Lors de l'incendie du grand marché de Bondoukou, l'antagonisme des deux leaders a été flagrant, chaque camp voulant capitaliser sur la gestion de la crise. Même scénario pour le dossier brûlant des "2x2 voix" réclamé par la jeunesse du Gontougo pour plus de représentativité : un dossier sans réponse, pris en otage par la division des cadres.

Quel héritage pour la nouvelle génération ?

C'est la question que se posent aujourd'hui les jeunes cadres du Gontougo. Quelle trace politique laissent ces deux géants à une génération qui monte et qui a aussi des ambitions ? Comment prôner le développement harmonieux quand les deux locomotives ne tirent pas dans le même sens ?
Pourtant, l'alliance avait bien commencé. Lors de l'investiture de Touré Souleymane comme Ministre-Gouverneur, Adjoumani lui lançait : "Vous n'êtes pas seul et vous ne serez jamais seul". Une phrase qui résonne aujourd'hui comme un engagement non tenu.

L'heure de l'union sacrée

Avec sa nouvelle nomination comme Conseiller Spécial à la Présidence, Kobenan Kouassi Adjoumani n'a plus le droit à l'erreur. Il l'a dit lui-même à Tanda devant le maire Kone Amadou : il ne sera "jamais un obstacle à l'ascension" des cadres. Le moment est venu de balayer devant sa propre maison. Sinonyme de reconnaissance, sa haute position doit servir à rassembler tous les cadres, y compris son rival.
Car le Gontougo ne peut se payer le luxe d'une guerre des chefs. Le RHDP y est hégémonique, mais cette hégémonie est fragile si elle repose sur deux têtes. Pour le bonheur des populations, pour l'emploi des jeunes, pour les marchés de Bondoukou et de Tanda, pour les pistes et les écoles, une seule voie reste : l'union sacrée.
Le Gontougo a besoin de son Éléphant et de son Médecin. Mais il a surtout besoin qu'ils se parlent.

Hosanna JP de Chantal