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Mercredi, 04 novembre

Bouaké : Et si notre santé se jouait aussi dans nos caniveaux et nos poubelles ?

Publié le 04 novembre 2026 à 17:45
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Une vue des participants à cette rencontre
Une vue des participants à cette rencontre

À l’occasion de la troisième édition du « Maquis des Sciences », organisée le 3 novembre 2026 à Bouaké, chercheurs, acteurs institutionnels et représentants de la société civile ont appelé à faire de la protection de l’environnement une priorité de santé publique. Un message fort porté par l’approche « Une seule santé » : prendre soin de l’être humain, c’est aussi protéger les animaux et leur environnement.
Et si la lutte contre certaines maladies commençait tout simplement au coin de nos rues, dans nos caniveaux et nos habitudes quotidiennes ? À Bouaké, le débat a pris une dimension très concrète, mardi 3 novembre 2026, au Centre culturel Jacques Aka, à l’occasion de la troisième édition du « Maquis des Sciences ».
Organisée par l’Ambassade de France et la représentation de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) en Côte d’Ivoire, cette rencontre a réuni la communauté scientifique, des décideurs, des acteurs de la société civile et le grand public autour du thème : « Une seule santé, Ya Foyi ! Quand la parole rejoint l’action ».
Derrière cette formule, un enjeu majeur : comprendre que la santé humaine ne peut être dissociée de celle des animaux et de l’environnement. Une réalité souvent visible dans le quotidien des populations, entre eaux usées déversées dans les rues, ordures abandonnées dans les caniveaux, eaux stagnantes et pollution.

Des poubelles aux maladies, un lien à ne plus ignorer

Dans son allocution d’ouverture, Fabrice Courtin, représentant de l’IRD en Côte d’Ivoire, a souligné la nécessité de rapprocher la recherche scientifique des réalités sociales. Face aux changements climatiques, il a notamment insisté sur la préservation de la biodiversité et des écosystèmes, indispensables aux ressources alimentaires, à l’accès à l’eau, aux moyens de subsistance et au bien-être des populations.
Cette vision rejoint le principe de l'approche « Une seule santé », connue sous l'appellation anglaise « One Health ». Elle repose sur une idée essentielle : la santé des humains, celle des animaux et l'état de l'environnement sont étroitement liés. Autrement dit, une menace qui pèse sur l'un de ces trois éléments peut avoir des conséquences sur les autres.
La Dre Clarisse Abikpo Houngbedji, enseignante-chercheuse au Centre d’entomologie médicale et vétérinaire de l’Université Alassane Ouattara, a rappelé cette interdépendance en soulignant : « On ne peut pas parler de bonne santé si celles des animaux et de l’environnement dans lequel nous vivons sont négligées ».
Les exemples ne manquent pas. Les eaux stagnantes favorisent la prolifération des moustiques vecteurs du paludisme, tandis que l'eau contaminée peut contribuer à la transmission du choléra. Des situations qui montrent que les questions de salubrité, d'assainissement et de gestion des déchets dépassent largement le simple souci de propreté.

La salubrité, une affaire qui concerne tout le monde

Mais comment passer du constat à l'action ? Pour les panélistes, la réponse repose sur une mobilisation collective.
Les institutions étatiques sont appelées à renforcer le contrôle des rejets d’eaux usées et à veiller au respect de la réglementation environnementale. Les collectivités territoriales doivent, de leur côté, améliorer la collecte des déchets, entretenir les caniveaux et développer des solutions adaptées au traitement des eaux usées. Les entreprises ont également leur part de responsabilité dans la gestion de leurs déchets et de leurs effluents.
Toutefois, les pouvoirs publics ne peuvent agir seuls. Pour Kouadio Yao Francis, coordonnateur de projets à l'ONG AIDSCOM, les communautés doivent devenir des actrices de leur propre cadre de vie.
Son idée : commencer à l'échelle du quartier. Créer des comités de salubrité, organiser des journées hebdomadaires de nettoyage, encourager le tri des déchets et sensibiliser les ménages. Il propose également de recenser les dépotoirs sauvages, de repérer les zones d'eau stagnante et de documenter les résultats des initiatives citoyennes pour mobiliser les autorités locales.
Une démarche progressive qui pourrait commencer par une seule rue, avant de s'étendre aux autres quartiers. Une manière de montrer que les changements collectifs peuvent naître de gestes simples et d'initiatives locales.

Des gestes quotidiens pour une santé collective

Cette responsabilité individuelle a également été mise en avant par le Dr Faustin Guéi, chef de service à la direction régionale de l’Environnement et de la Transition écologique de Bouaké. Pour lui, « chaque citoyen doit appliquer des gestes écocitoyens ». La question environnementale appelle aussi une meilleure collaboration entre les différents secteurs d'intervention. Le Dr Dramane Kaba, directeur du Centre Pierre Richet de Bouaké, a ainsi insisté sur l'importance d'associer les communautés à l'identification des problèmes et à la recherche de solutions.
De son côté, le Dr Alahou André Gabaze Gadji, du Centre national de recherche agronomique (CNRA), a plaidé pour un renforcement de l'accompagnement des communautés agricoles dans l'adoption de bonnes pratiques agricoles.
Au-delà des interventions, les participants ont également souligné la nécessité de renforcer les cadres de concertation, de développer une surveillance intégrée et de former des professionnels capables de travailler ensemble. Car l'approche « Une seule santé » exige précisément de dépasser les cloisonnements entre les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale.

Protéger l'environnement, c'est aussi se protéger soi-même

Au terme de cette troisième édition du Maquis des Sciences, un message se dégage : la santé publique ne se construit pas uniquement dans les hôpitaux et les centres de santé. Elle se joue aussi dans les quartiers, les marchés, les exploitations agricoles et tous les espaces de vie.
La Dre Clarisse Abikpo Houngbedji l'a rappelé avec une formule qui résume l'esprit de cette rencontre : « Notre santé dépend de la façon dont nous traitons nos animaux et notre environnement. »
Une invitation à revoir certains comportements, à mieux gérer les déchets, à préserver les ressources naturelles et à signaler les situations susceptibles de présenter un risque sanitaire.
Kouadio Yao Francis a, pour sa part, livré une réflexion qui donne toute sa portée à cette responsabilité collective : « Ce que je fais à la terre et à l’environnement, je le fais à moi-même ; et ce que je fais à moi-même, je le fais à mon village. » Une manière de rappeler que la santé de chacun commence aussi par le respect de notre environnement commun.

O.L.