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Dimanche, 08 novembre

Le temps d'avouer

Publié le 07 novembre 2026 à 20:30
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Il est temps d'avouer. Il est temps de pardonner. Il est temps de recommencer, autrement.
Il est temps d'avouer. Il est temps de pardonner. Il est temps de recommencer, autrement.

À l'heure où la Côte d'Ivoire débat de son héritage, de sa succession politique et de son développement, une question traverse le pays, du Palais aux quartiers d'Abidjan, des villages aux régions : saurons-nous reconnaître nos fautes, demander pardon et nous engager à ne plus recommencer?

Il est un temps pour construire des ponts et des échangeurs. Il est un temps pour organiser des salons et attirer des investisseurs. Et il est un temps, plus exigeant, plus intime, plus décisif, pour avouer.
Avouer ses fautes n'est pas une faiblesse. C'est un acte de courage politique, social, économique et culturel. C'est la première pierre du développement total et intégral. Sans vérité, aucun chantier ne tient. Sans pardon, aucune paix ne dure. Sans engagement à ne plus faire, aucune réforme ne convainc.

Le moment ivoirien

Le moment est parlant. Début novembre 2026, la presse ivoirienne est dominée par le développement, la diplomatie, la succession du président Alassane Ouattara et la gouvernance. Le 6 novembre, trois nouveaux conseillers ont prêté serment devant le Conseil constitutionnel, pour un mandat de six ans non renouvelable. À Abidjan, on signe pour 48,4 milliards FCFA afin de construire trois échangeurs dans le Grand Abidjan, sur le boulevard Germain Koffi Gadeau, à l'École nationale de police, à la Riviera Palmeraie et à la Riviera 3. Du 18 au 22 novembre, le Parc des Expositions accueillera le SIREXE, avec plus de 60 000 visiteurs attendus.
Mais dans le même temps, une autre actualité, plus silencieuse, dit l'essentiel. À Man, à l'ouverture de l'année pastorale 2026-2027, le cardinal Jean-Pierre Kutwa a exhorté prêtres, religieux et laïcs à œuvrer résolument en faveur de la réconciliation et de l'unité dans un diocèse éprouvé. Le 27 octobre à Assise, la ministre d'État Anne Désirée Ouloto-Lamizana a présenté le parcours ivoirien après les crises politico-militaires : dialogue, indemnisation des victimes, retour des exilés, réinsertion des anciens combattants. Du 9 au 14 novembre, Abidjan abrite le 25e Congrès de l' Ordre mondial des experts internationaux sur « La Paix Mondiale ».
Le message est clair : les infrastructures avancent, les institutions se renouvellent, mais la réconciliation reste le chantier premier. Car que vaut un échangeur si les cœurs restent embouteillés par la rancune? Que vaut un salon de l'énergie si l'énergie morale de la nation est épuisée par le déni?
La démarche biblique : reconnaître, demander, s'engager
La Bible ne propose pas un pardon bon marché. Elle propose une démarche en trois temps, d'une rigueur redoutable.
Reconnaître. « Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous trompons nous-mêmes » (1 Jean 1, 8). Reconnaître, c'est nommer. Nommer la corruption qui détourne l'argent public, nommer la violence verbale qui empoisonne le débat, nommer l'injustice foncière qui oppose les villages, nommer le mépris qui fracture les quartiers, nommer la tricherie qui fausse les examens et les marchés.
Demander pardon. « Confessez donc vos péchés les uns aux autres » (Jacques 5, 16). Le pardon demandé n'est pas une formule protocolaire. Il suppose de se tourner vers celui qu'on a blessé : la victime, l'adversaire politique, le voisin, le collègue, le frère d'une autre ethnie, d'un autre parti, d'une autre religion. Le fils prodigue ne se contente pas de regretter en silence : il se lève, il retourne vers son père et il dit : « J'ai péché » (Luc 15, 21).
S'engager à ne plus recommencer. C'est la conversion, le metanoia : changer de direction. Zachée ne se contente pas de pleurer ; il restitue au quadruple à ceux qu'il a volés (Luc 19, 8). Le pardon véritable se vérifie dans la réparation et dans le changement de comportement. Sans cela, il n'est que théâtre.
Cette démarche vaut pour l'individu, mais elle vaut aussi pour l'État, pour le parti, pour l'entreprise, pour la commune, pour le district, pour la région.

Au niveau national, du district et de la région : le même examen

Sur le plan politique, avouer, c'est reconnaître que les crises successives ont laissé des blessures non refermées, que les mots ont parfois tué avant les armes, que la quête du pouvoir a parfois primé sur le service du peuple. C'est accepter que la justice soit la même pour tous, que la succession ne soit pas une guerre de succession mais une transmission apaisée. Un pays qui n'avoue pas ses crises les répète.
Sur le plan social, avouer, c'est reconnaître les inégalités qui persistent entre Abidjan et l'intérieur, entre quartiers lotis et quartiers précaires, entre ceux qui mangent à leur faim et ceux qui dépendent de la solidarité. Le 6 novembre à Cocody, la Banque alimentaire a lancé sa 6e collecte nationale pour les familles vulnérables, dans six villes dont Abidjan, Bouaké, San-Pédro, Grand-Bassam, Daloa et Yamoussoukro. Ce geste est beau. Il serait encore plus fort s'il s'accompagnait d'un aveu collectif : nul ne devrait avoir besoin de la charité pour vivre dignement dans un pays riche de ses ressources.
Sur le plan économique, avouer, c'est reconnaître la corruption, les marchés de gré à gré opaques, la fraude fiscale, l'économie de rente qui enrichit quelques-uns et appauvrit le grand nombre. C'est aussi reconnaître que le développement ne se mesure pas seulement en kilomètres de bitume, mais en emplois décents, en écoles qui fonctionnent, en hôpitaux qui soignent. Le programme WIDU.africa, lancé le 2 novembre au Plateau pour orienter les ressources de la diaspora vers les PME et l'emploi, ne réussira pleinement que si la confiance est restaurée : la confiance naît de la vérité.
Sur le plan culturel, avouer, c'est reconnaître que nous avons parfois méprisé nos propres langues, nos traditions de palabre, nos valeurs de solidarité, pour copier sans discernement. Or c'est justement notre culture du dialogue, de la palabre sous l'arbre, de la réconciliation par la parole, qui peut porter la démarche du pardon.
Du national au district autonome d'Abidjan, de la région au village comme à N'Gokro où le prochain chef « devra œuvrer à la réconciliation », la même loi s'applique : on ne bâtit pas durablement sur le non-dit.

Ce que le monde nous enseigne

D'autres peuples sont passés par là. Et ils nous montrent ce que le pardon produit quand il est vrai.
En Afrique du Sud, après l'apartheid, la Commission Vérité et Réconciliation, créée en 1995 par Nelson Mandela et Desmond Tutu, a reposé sur un principe inédit : confronter le bourreau à la victime, pour qu'il reconnaisse sa responsabilité et dévoile publiquement la vérité sur ses actes. La procédure offrait l'amnistie à ceux qui confessaient toute la vérité sur des crimes politiques. Ce n'était pas l'oubli. C'était la vérité contre l'amnistie. Résultat : le pays a évité la guerre civile et a pu poser les fondations d'une démocratie multiraciale, imparfaite, mais debout.
Au Rwanda, après le génocide de 1994, 130 000 personnes avaient été accusées. Le pays a réactivé les tribunaux gacaca, justice traditionnelle de proximité, pour juger, avouer, réparer et réintégrer. Des associations de victimes comme IBUKA ont porté la mémoire, d'autres ont porté la reconstruction économique, jusqu'à la confection de paniers exportés. Le Rwanda est devenu l'une des économies les plus dynamiques du continent. Non pas parce qu'il a oublié, mais parce qu'il a osé regarder son passé en face.
Au Canada, la Commission de vérité et réconciliation sur les pensionnats indiens a permis de nommer un système qui a brisé des générations d'enfants autochtones. La reconnaissance a ouvert la voie à des réparations et à une nouvelle relation.
En Colombie, en Irlande du Nord, au Burkina Faso, partout la leçon est la même : là où l'on avoue, on répare. Là où l'on nie, on rejoue.
Le pardon n'est donc pas un luxe spirituel. C'est un investissement. Il libère l'énergie sociale, il sécurise l'investissement économique, il stabilise la vie politique, il enrichit la vie culturelle. Un pays réconcilié attire, entreprend, innove. Un pays divisé dépense son énergie à se méfier.

Prise de conscience collective : le développement collectif garantit le développement personnel

Voici la vérité que nous devons enfin admettre : personne ne se développe seul dans un pays qui ne se développe pas. Le riche dans un quartier en insécurité n'est pas en sécurité. L'entrepreneur dans un pays sans confiance ne peut pas prospérer. L'étudiant brillant dans une société sans mérite ne peut pas s'élever. Le développement personnel est l'enfant du développement collectif.
C'est pourquoi le temps d'avouer est venu pour tous les acteurs de la société active : le politique qui doit avouer ses calculs, le chef d'entreprise qui doit avouer ses compromissions, le syndicaliste qui doit avouer ses blocages, le journaliste qui doit avouer ses partialités, le religieux qui doit avouer ses silences, le citoyen qui doit avouer sa propre indifférence.
Avouer, demander pardon, s'engager à ne plus recommencer : voilà le contrat moral d'une nouvelle Côte d'Ivoire. Un contrat qui commence dans chaque maison, dans chaque commune du district d'Abidjan, dans chaque région, jusqu'au sommet de l'État.
Le développement total et intégral ne sera pas seulement une affaire de béton et de chiffres. Il sera une affaire de cœurs réconciliés et de consciences redressées.
Il est temps d'avouer. Il est temps de pardonner. Il est temps de recommencer, autrement.

Hosanna JP de Chantal